Maigrir, et vite !!!

A l'approche du printemps, difficile d'y échapper ! L'obsession des régimes pointe son nez en même temps que l'angoisse du maillot... Vite, il faut maigrir !!! Mais au fond, que cherche-t-on ?

Quand Anna est entrée dans le cabinet, sa demande était claire et précise : « Je veux perdre 20 kilos. Très vite ! » 

Femme d’affaires, la trentaine affirmée, c’est le genre de patiente qui exige du résultat dans l’immédiateté, comme elle en a l’habitude quotidiennement, dans une gestion du travail soumise aux impératifs du monde de l’entreprise.

En tant que thérapeute, nous sommes toujours troublés par cette demande qui stipule que nous devrions d’un coup de baguette magique, accéder aux désirs toujours plus impatients de nos patients... Nous vivons dans une société où rien ne s’inscrit dans la durée : c’est  le culte du tout, tout de suite. Nous ne supportons plus l’attente, nous comblons le moindre temps libre par de l’occupation, rien ne doit être lacunaire. Le vide effraie,  il faut le combler ; la vie est courte, il faut la remplir. Nous ne nous donnons même plus le temps nécessaire pour que le désir s’exprime, nous ne supportons plus le manque. Mais sans manque, pas de désir…

Or, en matière de perte de poids, si l’on veut travailler le plus honnêtement possible, c’est exactement le contraire qui s’impose. On ne traite pas un changement corporel comme l’on changerait la couleur d’un mur. A croire que le corps serait un matériau qui se modèle à souhait, selon notre volonté. Bien sûr il existera toujours des faiseurs de miracles pour nous faire croire à la baguette magique, mais beaucoup en ont fait les frais.

Pour en revenir à notre patiente, la tâche est bien périlleuse. Elle veut de l’effet immédiat alors que nous avons besoin de temps, beaucoup de temps. Du temps pour la connaître, pour établir un lien dans la confiance, pour comprendre ses véritables motivations à perdre du poids. Car souvent derrière ce genre de demande aussi abrupte, se cachent des demandes plus complexes qui exigent que l’on soit un peu délicat si l’on veut les mettre en lumière. Or, La délicatesse ne fait pas bon ménage avec l’immédiateté.

Anna est débordée, fatiguée, exerce un métier exigeant, a des enfants en bas âge non moins exigeants et un mari en perte de désir. Au fil de journées chargées et stressantes, Anna, soumise aux diktats de performance et de rentabilité, n’a pas le temps de s’occuper vraiment d’elle, reléguant sa féminité au second plan.

Pourtant au cours des séances, elle se prend à rêver. L’amour, la séduction, la tendresse… Retrouver la douceur de l’intimité avec son mari…

Un soir : elle panique. Des vacances au soleil sont programmées pour le mois suivant. Comment faire ? La perte de poids n’est toujours pas significative, même si elle a déjà bien avancé au niveau de son comportement alimentaire. Le maillot… Terrible perspective… qui lui gâche déjà ses vacances.

Je pense alors à un cours de Gérard Apfeldorfer, psychiatre spécialisé dans les problèmes d’obésité.

J’avais alors été extrêmement choquée de ses conseils aux patientes à la plage et l’avait interpellé sur l’apparente violence de son propos qui était : « Ne jamais se cacher dans un drap de bain ou un paréo, ne jamais rester couchée sur le sable. Bien au contraire, dès le premier jour, marcher en maillot, aller se baigner sans se camoufler, vivre sa vie comme si l’on était mince »

Facile quand on n’a pas de problème avec son corps. Carrément insensé en cas d’insatisfaction corporelle d’affronter le regard des autres, forcément braqué sur notre propre imperfection…

Pourtant, pour l’avoir expérimenté personnellement avec un bénéfice certain, je suggère cette expérience à une Anna effarée, assez convaincue qu’elle ne la tentera jamais.

A son retour, je rencontre une Anna bronzée, épanouie, pétillante.

Elle me raconte alors : «  J’ai essayé ce que vous m’aviez demandé. Des le premier jour, j’ai arpenté les alentours de la plage et de la piscine en maillot de bain. Les 10 premières minutes ont été compliquées, mais je me suis souvenue de ce que vous m’aviez dit. Finalement, en y regardant de plus près, il y avait aussi des femmes dont le corps n’était pas parfait, les vacanciers ne me regardaient pas spécialement, personne ne s’est évanoui d’horreur à mon passage... J’ai commencé à bouger mieux, à mieux sentir mon corps, à mieux me sentir dans mon corps. J’ai  pris confiance, je me suis sentie apaisée. Pour la première fois de ma vie, j’ai profité à fond de mes vacances, débarrassée dans ma tête, du poids de mon corps. Cerise sur le gâteau, mon mari est redevenu fou amoureux de moi, nous avons retrouvé le bonheur d’être ensemble…»

Puis elle se penche vers moi et me dit : « C’est ça que je voulais. Profiter de mes vacances, ne plus penser à mon imperfection corporelle, que mon mari m’aime !

Au fond, ai-je bien besoin de perdre 20 kilos ? »

C’est là LA question. Qu’est-ce qui  se cache derrière une demande de perte de poids ? Où se situe l’urgence ? Maigrir de 20 kilos ? Se sentir bien dans son corps ? Etre heureuse ? Parce que la demande réelle dépasse la simple envie de "perdre du gras", la volonté d'immédiateté qui la caractérise est vaine et dangereuse, voire source de mésestime de soi. Et cela n’aide jamais, au contraire, à se sentir bien.

Au fond, si notre désir est d’être heureux, cela en effet n’attend pas. Et c’est même là une réelle urgence. Cela passe-t-il  vraiment par une urgence à perdre du poids ? Si elle doit avoir lieu, une perte de poids ne saurait être qu’une conséquence d’un mieux-être lié à une démarche de fond. En effet, lorsqu’on s’autorise à ne pas être parfait, que l’on prend du recul sur les évènement pour cibler l’essentiel, que l’on s’accorde du temps, alors, on est moins nerveux, moins tendu, plus concentré sur nos valeurs essentielles. Conséquemment, on mange moins ou différemment. Et c’est alors que peut-être, on perd quelques kilos.

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