Faut-il mettre un enfant en surpoids au régime ?

En France, 14,3 % des enfants sont en surpoids et 3,5 % sont obèses. Ces chiffres ont considérablement augmenté. Plusieurs facteurs sont responsables de la prise de poids chez l’enfant : statut nutritionnel de la mère durant la grossesse, facteurs génétiques, facteurs environnementaux, comportementaux… On sait aujourd’hui que les enfants obèses ou en surpoids ont des risques de le rester à l’âge adulte. Mais il ne faut pas voir cela comme une fatalité, la mise en place de mesures hygiéno-diététiques est indispensable pour enrayer cette progression. Attention toutefois à ne pas appliquer des mesures drastiques ou inappropriées.

La période fœtale et la petite enfance sont déterminantes. Il est important de savoir que les adipocytes (cellules graisseuses) formés à cet âge sont installés de manière irréversible. Plus tard, sous l’influence d’une restriction calorique, ces cellules peuvent se vider mais ne disparaissent pas. A l’inverse, elles ont facilement tendance à stocker et à se dilater de manière importante dès que les apports alimentaires sont excessifs. C’est pour cette raison qu’il est ensuite difficile pour l’adulte ayant été en surpoids durant son enfance de se maintenir dans des valeurs satisfaisantes.

Le diagnostic d’un surpoids se fait avec la courbe de croissance présente dans les carnets de santé. On peut aussi calculer l’IMC mais les normes utilisées chez l’adulte ne sont pas transférables à l’enfant. L’indice obtenu après calcul poids/taille ² doit être reporté sur une courbe de corpulence pour évaluer le statut pondéral de l’enfant.  Si celui–ci n’est pas satisfaisant, on est amené à modifier ses habitudes alimentaires ainsi que son activité physique. Il n’est pas question pour autant de le mettre au régime.  Une restriction alimentaire ou des frustrations sont souvent mal vécues chez le tout petit pour qui l’alimentation joue un rôle affectif important. Pour les plus grands et les adolescents, souvent victimes de stigmatisation par leurs copains, instaurer un régime draconien avec l’interdiction de certains aliments ne fait qu’augmenter l’isolement de ces enfants. Les sentiments de frustration et d’injustice auront raison du programme imposé et le conduiront inéluctablement à l’échec. A l’âge adulte, lassée par toutes les tentatives d’amaigrissement et les contraintes imposées, la personne en surpoids finira par se décourager et regretter d’avoir sacrifié son enfance à la dictature des calories pour des résultats bien peu satisfaisants.

La perte de poids et la mise en place d’un programme adapté doit absolument prendre en compte l’environnement de l’enfant mais aussi continuer à assurer une croissance satisfaisante de ce dernier. Les modifications alimentaires devront se faire sur le choix des aliments. Il est important de revenir vers des produits simples, de base. Les préparations industrielles doivent continuer à être présentes afin de ne pas augmenter l’intérêt des enfants à leur égard et surtout pour éviter la marginalisation par rapport aux copains qui continuent d’en consommer. Cependant, ils ne doivent pas se substituer à une alimentation plus saine. Si l’enfant est bien rassasié au cours des repas, il est fort probable qu’il en mange de lui-même beaucoup moins.

Les grignotages, les produits industriels et les boissons sucrées ont une part importante dans la prise de poids des enfants. La société a changé, les enfants ont aujourd’hui, bien plus qu'il y a 30 ans, des produits facilement disponibles et rapides à manger. La qualité des aliments qui leurs sont proposés a diminué, les fruits et les légumes sont plus onéreux, les industriels proposent des produits plus gras, plus sucrés. La qualité des graisses et des sucres utilisés a évolué (huile de Palme, de coco, matière grasse hydrogénée, sirop de glucose-fructose…). En parallèle, les jeux en extérieurs, le vélo, les activités physiques de tout genre, laissent la place aux jeux vidéo, internet et à la télévision dont les programmes jeunesses sont à présent disponibles toute la journée. Ils se dépensent moins. A cela, il faut rajouter que les enfants sont informés des nouveaux produits et sont tentés d’en consommer par l’intermédiaire des publicités incluses dans leurs programmes préférés. Les conditions sont favorables pour voir le tour de taille des français augmenter avec le risque de complications que cela entraîne.

En conclusion, ne faites pas de cette perte de poids un conflit, modifiez la façon de faire les courses et de cuisiner, quantifiez le temps passé devant la télévision ou la console de jeu. En pratique, intégrez des petits changements quotidiens. Le but final est de créer un environnement le plus favorable possible pour assurer sa croissance et éviter la progression de la prise de poids. 

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