Seulement 54 % des hypertendus suivraient correctement leur traitement

A l'occasion de la Journée nationale de lutte contre l'hypertension, le Comité Français de la Lutte contre l'Hypertension artérielle (CFLHTA) lance une nouvelle campagne : "Hypertendus : suivez le guide !" afin de rappeler l'importance des traitements et du suivi de la tension artérielle.

Seulement 54 % des hypertendus suivraient correctement leur traitement
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Aujourd'hui, 30 % des plus de 35 ans sont traités pour de l'hypertension (11,4 millions de Français) et 54 % d'entre eux seulement suivent leur traitement, révèle l'enquête FLAHS 2012, réalisée à la demande du Comité Français de la Lutte contre l'Hypertension artérielle (CFLHTA). Un patient sur 4 déclare en effet avoir trop de médicaments à prendre, quand d'autres relèvent des difficultés pratiques, principalement de mémorisation. Qui plus est, les patients ne savent pas toujours qu'une tension qui revient à la normale est la preuve qu'un traitement est efficace mais qu'il ne faut en aucun cas le suspendre. Le traitement de l'hypertension artérielle est de fait un traitement à vie. Côté médicaments génériques, ils sont inscrits sur près de 30 % des ordonnances selon cette même enquête et leur perception est plutôt très favorable même si les plus de 75 ans (60 % d'entre eux sont hypertendus) montrent davantage de méfiance. A l'occasion de la Journée nationale de lutte contre l'hypertension ce 18 décembre, le Docteur Bernard Vaisse, Président du CFLHTA et cardiologue à l'hôpital de la Timone à Marseille, rappelle donc aux patients l'importance de suivre scrupuleusement leurs traitements et d'avoir une bonne hygiène de vie (régime alimentaire, activité physique, arrêt du tabac et/ou de l'alcool). L'hypertension est une maladie silencieuse responsable de 7 millions de morts dans le monde par an, et de près de la moitié des accidents cardiovasculaires en France, infarctus et AVC principalement. Et ce que l'on sait moins, c'est que l'hypertension a aussi un impact négatif à long terme sur le cerveau. "En raison de multiples accidents vasculaires qui touchent le cerveau et qui passent inaperçus, le cerveau se détériore progressivement, ce qui conduit à des problèmes de démence grave chez les personnes âgées", note le Dr Vaisse.

Deux médicaments contre l'hypertension dans un seul comprimé

"L'hypertension est une maladie souvent multifactorielle et on la combat d'autant mieux qu'on associe plusieurs médicaments."

La prise d'un traitement pour réduire l'hypertension n'est pas systématique et est toujours évaluée au cas par cas. Les hypertensions dites "sévères" (pression artérielle supérieure à 16) sont toujours traitées. Par contre, lorsque la pression artérielle est en-dessous de 16, le risque global du patient est évalué (a-t-il d'autres pathologies cardiovasculaires ? fume-t-il ? quel âge a-t-il ? etc.) afin de proposer la thérapeutique la plus adaptée. Dans le meilleur des cas, des règles hygiéno-diététiques suffisent. Mais malheureusement, chez une majorité de patients, cela ne suffit pas à obtenir la normalisation de la tension artérielle et un médicament est alors nécessaire. Il s'agit d'un traitement à vie mais qui permet d'éviter la survenue de complications cardiovasculaires s'il est pris correctement et régulièrement. Le traitement comporte un, deux, trois, voire plusieurs médicaments. En moyenne, la monothérapie est prescrite chez 47 % des hypertendus en 2012 selon l'enquête FLAHS, alors que 35 % des patients prennent deux médicaments et 18 % en prennent au moins trois. "Les bithérapies et trithérapies sont en progression depuis 2002 mais les médecins prescrivent encore trop de monothérapies. Pourtant l'hypertension artérielle est une maladie souvent multifactorielle et on la combat d'autant mieux quand on associe plusieurs médicaments", indique le Docteur Bernard Vaisse. Il faut savoir qu'on trouve aujourd'hui des bithérapies dans un seul comprimé, ce qui simplifie les choses. "Les combinaisons contenant deux familles de médicaments sont plus simples, bien dosées et améliorent l'observance des patients. "

Des hypertendus qui renoncent à se soigner

Par ailleurs l'automesure tensionnelle à domicile reste insuffisante en France si l'on en croit l'étude FLAHS 2012, selon laquelle 41 % des hypertendus traités possèdent un appareil d'auto-mesure mais que seuls 50 % d'entre eux sont contrôlés. En cause, le mauvais usage des appareils d'automesure par les hypertendus et le manque d'informations quant à leur utilisation.

"Nous demandons la réintroduction de l'hypertension sévère dans l'ALD."

Dernière raison d'insister sur l'importance des traitements, la crainte que certains patients renoncent à se soigner, depuis que l'hypertension sévère n'est plus prise en charge à 100 % par la  Sécurité sociale, suite à son retrait des "affections de longue durée" (ALD). Ce décret du Conseil d'Etat de juin 2011 est contesté par les associations de patients et les sociétés savantes. Selon l'enquête FLAHS 2012, ce sont 21 % de patients hypertendus qui déclarent avoir renoncé à certains soins pour raison financière au cours de l'année. Etant donné que le traitement pour un hypertendu sévère est de l'ordre de 500 euros par semestre, les petites retraites seront les premières touchées par cette mesure, selon le Professeur Jean-Jacques Mourad, chef de l'unité médecine interne-HTA au CHU Avicenne de Bobigny. "Nous demandons la réintroduction de l'hypertension sévère dans l'ALD." La Ministre de la santé, Marisol Touraine, qui s'était dite prête à réexaminer le dossier, ne s'est toujours pas exprimée. A suivre. 

Propos recueillis à l'occasion de la conférence de presse "Hypertendus : suivez le guide !", le 11 décembre 2012. 

Sources : enquête FLAHS 2012, décembre 2012.