Infarctus, AVC : c'est aussi une affaire de femmes La médecine cardiaque, sexiste ?

faites-vous prendre la tension régulièrement.
Faites-vous prendre la tension régulièrement. © JPC-PROD - Fotolia.com

C'est étonnant mais pourtant vrai : nous ne sommes aujourd'hui qu'aux prémices de la cardiologie féminine. On commence d'ailleurs tout juste à s'y intéresser dans les facultés de médecine !

Les symptômes de l'infarctus : atypiques chez les femmes. Tout le monde connaît parfaitement le principal symptôme de l'infarctus : la fameuse douleur dans la poitrine, celle qui sert fort, comme un étau. Mais saviez-vous qu'il s'agit de la description d'un signe clinique typiquement masculin ? "Les femmes les plus jeunes ressentent bien ce type de symptôme, mais dans la majorité des cas et notamment après 50 ans, les symptômes sont bien plus insidieux. De la fatigue, des difficultés pour respirer, des palpitations, des troubles du sommeil ou de l'humeur, voire des douleurs digestives, peuvent évoquer des signes avant-coureurs d'infarctus", énumère la cardiologue, Claire Mounier-Vehier. "Alors comment voulez-vous que ces signes insignifiants soient perçus par les femmes comme des signes avant-coureurs d'une pathologie cardiaque ? Non seulement les femmes ne sont pas informées, mais le pire, c'est que les médecins non plus !". Aussi, lorsque les femmes évoquent ce type de symptômes, ils sont souvent associés à de l'angoisse. Et résultat : le médecin a tendance à orienter son diagnostic vers une anxiété ou une dépression. "En 2013, nous avons diffusé un questionnaire à un panel de médecins généralistes libéraux afin d'évaluer leurs connaissances sur le risque cardiovasculaire chez la femme. Au final, ils avaient obtenu une note de 12/20 seulement. C'est dire le travail de sensibilisation et de formation qu'il reste à accomplir !"
Les examens : moins fréquents et moins efficaces chez les femmes. Angiographies, électrocardiogrammes d'effort, angioplastie, etc. sont aussi moins souvent réalisés chez les femmes. La conséquence est sans appel : les femmes meurent davantage que les hommes d'infarctus ou d'AVC aujourd'hui en France (+7%). "Je conseille aux femmes de s'écouter et de ne pas hésiter à parler à leur médecin traitant de ce qu'elles ressentent. Et qu'elles ne s'arrêtent pas à un seul examen." En effet, selon la cardiologue, les examens ont été faits pour des patients hommes. Ils sont donc étalonnés pour eux. Les femmes ayant notamment des artères plus petites, il faudrait donc revoir leur étalonnage. "Aussi, ce n'est pas parce qu'un test d'effort est normal qu'il faut s'arrêter là. Les femmes doivent se faire confiance et s'écouter. Qu'elles n'hésitent pas à demander des examens complémentaires, même si cela implique d'aller contre l'avis du médecin traitant. Elles doivent se battre et demander des bilans !" insiste Claire Mounier-Vehier.
Prise en charge tardive. Selon une enquête réalisée dans le Nord-Pas-de-Calais, les femmes arrivent aux urgences pour un infarctus en moyenne une heure plus tard que les hommes. Et pour cause : quand une femme fait un malaise cardiaque chez elle, sa famille met plus d'une heure à appeler la Samu. Mais, quand c'est son compagnon, c'est plus rapide. En revanche, il n'y a pas de différence de prise en charge entre les hommes et les femmes dans les services de soins intensifs. Les traitements sont donc identiques. Mais, comme le souligne le Pr Mounier, "20 % seulement des essais cliniques randomisés sont conduits sur des femmes !". Une aberration qui s'explique notamment par le manque de temps et de disponibilité des femmes pour participer à ces essais. Mais une chose est sure : l'efficacité des traitements qu'elles reçoivent n'est pas optimale.  

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