Infarctus, AVC : c'est aussi une affaire de femmes 3 questions au Pr Claire Mounier-Vehier

pr claire mounier-vehier.
Pr Claire Mounier-Vehier. © FFC

Le Professeur Claire Mounier-Vehier est cardiologue au CHRU de Lille et Présidente de la Société Française de Cardiologie. Etudiante en médecine, elle rêvait de devenir gynécologue obstétricienne mais un défaut de la vue lui ferma les portes de cette spécialité chirurgicale. Finalement, c'est la voie de la cardiologie qu'elle empruntera. Aujourd'hui, elle reste cependant très liée à la santé féminine en mettant toute son énergie et son engagement professionnel pour que la pathologie cardiovasculaire des femmes soit connue, reconnue et enseignée. La cardiologue a notamment mis en place un "circuit cœur, artères et femmes", articulé autour de structures médicales de prise en charge dédiées aux femmes. Interview.

Les femmes meurent plus d'infarctus et d'AVC que les hommes. C'est une réalité ?
Oui, Sur les 147 000 personnes qui décèdent chaque année en France d'une maladie cardiovasculaire, 54% sont des femmes. Historiquement les hommes étaient plus exposés aux infarctus et aux AVC que les femmes. Mais celles-ci ont changé de mode de vie et la situation s'est inversée : les pathologies cardiovasculaires diminuent chez les hommes qui sont mieux informés mais augmentent chez les femmes. Les femmes se sentent à tort protégées par leurs hormones et méconnaissent les risques liés à la contraception, à la grossesse et à la ménopause. Elles sont aussi moins vigilantes par manque de temps. Par ailleurs, elles sont moins dépistées, moins bien prises en charge mais aussi moins suivies après un accident cardiovasculaire. Ainsi, ces femmes, principalement pour des raisons familiales et/ou professionnelles, vont peu en rééducation vasculaire ce qui constitue une perte de chance supplémentaire. 

Si les femmes méconnaissent les risques, qu'en est-il des médecins ?
Les médecins sont mal formés à la cardiologie féminine. Ils en ont une vision passéiste, voire sexiste. Depuis toujours, l'enseignement en cardiologie ne tient pas compte des différences homme/femme. Par exemple pour dépister l'infarctus, les médecins se basent sur la fameuse douleur dans la poitrine, alors que c'est un symptôme typiquement masculin. Le plus souvent, les femmes ont des signes avant-coureurs bien plus anodins voire bâtards, comme des troubles digestifs, des nausées, des vertiges, de la fatigue, des palpitations, etc. Le problème, c'est qu'il s'en suit un retard de diagnostic qui peut être pénalisant. Heureusement, l'enseignement évolue, les internes en médecine commencent à être mieux formés et les professionnels de santé réclament des formations ! 

Quelles sont les pistes pour améliorer la prise en charge des femmes ?
D'abord je veux dire qu'on a des moyens pour agir, ce n'est pas une fatalité ! Avec la Fédération française de cardiologie, nous venons de remettre au ministère de la Santé un livre Blanc "Pour un plan coeur", dans lequel sont rassemblées des recommandations pour améliorer la lutte contre les maladies cardiovasculaires. Celui-ci comprend un volet sur les femmes qui préconise notamment d'améliorer la prévention et l'information des femmes. Mais aussi de mieux sensibiliser les professionnels de santé en leur proposant des formations et des modes de prise en charge basés sur une meilleure coordination médecin traitant - cardiologue – gynécologue.

Sommaire