Hypertension artérielle : les femmes aussi sont concernées

Les femmes sont touchées de plus en plus tôt par l'hypertension. Contraception, grossesse, tabac ou encore ménopause peuvent être des facteurs de risque dont il faut tenir compte.

Hypertension artérielle : les femmes aussi sont concernées
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Les maladies cardio-vasculaires sont la principale cause de mortalité chez les femmes en France. Elles tuent 8 fois plus que le cancer du sein ! L'hypertension en est un facteur de risque, mais c'est surtout une véritable pathologie chronique. Sa progression constante est la conséquence de l'évolution de nos modes de vie, en particulier une alimentation trop riche en graisses et en sel, ainsi qu'une diminution de l'activité physique. En France, 15 millions de personnes sont hypertendues, soit 30 % des adultes. En outre, 50% des personnes âgées de plus de 65 ans sont hypertendues

Des symptômes peu visibles

Le principal problème, c'est que l'hypertension est le plus souvent asymptomatique. "Il faut que la tension atteigne un niveau très élevé pour ressentir des symptômes, explique le Pr Jean-Jacques Mourad, cardiologue*. D'où l'importance capitale de se faire contrôler, même quand on pense que tout va bien." La plupart du temps donc, il n'y a pas de symptôme, le diagnostic ne peut être posé qu'à partir des mesures de la tension artérielle. Si l'hypertension artérielle ne provoque généralement pas de symptôme, certains troubles peuvent néanmoins vous alerter : maux de tête, difficultés de concentration, vertiges, douleurs dans la poitrine, essoufflement, troubles visuels (papillons devant les yeux), bourdonnements d'oreille, fatigue…

L'âge, l'hérédité et l'environnement en cause

Dans la plupart des cas, l'hypertension est multi-factorielle, c'est-à-dire qu'elle est liée à plusieurs facteurs, dont certains sur lesquels on ne peut pas agir.

  • L'âge : Plus on vieillit, plus la pression artérielle augmente, du fait que les artères ont tendance à se rigidifier avec l'âge. Et plus les artères sont rigides, plus la tension est élevée.
  • Le sexe : Chez les femmes, l'hypertension peut se développer à trois moments-clés : lors de la prise de la première pilule contraceptive, lors de la grossesse et à l'occasion de la ménopause.
  • L'hérédité : Si l'un de vos parents est hypertendu, le risque de le devenir à votre tour est multiplié par deux.
  • Ennemi numéro 1 de notre santé, le tabac est aussi un facteur de risque de l'hypertension artérielle. En effet, c'est la nicotine (mais aussi les autres substances présentes dans la cigarette) qui stimule la production d'adrénaline dans notre corps. Cette hormone a un but très précis : contracter les vaisseaux sanguins et accélérer le rythme cardiaque et donc la tension. Le tabac est ainsi directement impliqué dans l'hypertension. L'arrêt du tabac est donc plus que préconisé pour protéger sa santé en général et son cœur en particulier.
  • Le fameux sel est-il aussi néfaste pour la tension qu'on l'entend dire ? Oui. En excès, il est mauvais car il provoque de la rétention d'eau, qui fait augmenter la pression artérielle. En outre, les reins, constatant que le sang contient trop de sel, va vouloir l'épurer encore plus. Pour ce faire, il ordonne au cœur de lui fournir plus de sang : pour accroître le débit, il faut augmenter la pression artérielle...
  • L'alimentation trop grasse et la sédentarité sont des facteurs aggravants car ils favorisent l'apparition de cholestérol, lui-même générateur d'hypertension. Ces même facteurs favorisent également l'apparition du diabète de type 2, aggravant l'hypertension. Ces deux pathologies conjuguées peuvent être explosives.
  • La prise de poids : Prendre du poids est souvent accompagné d'une élévation de la pression artérielle qui peut mener à une véritable hypertension. L'obésité abdominale est présente chez plus d'un hypertendu sur deux en particulier avant l'âge de 50 ans.
  • Pathologies et médicaments : Certaines pathologies rénales ou endocriniennes peuvent provoquer une élévation de la pression artérielle, de même que la prise de certains médicaments (contraception œstroprogestative, corticoïdes, anti-inflammatoires, antidépresseurs…). 

Il existe d'autres facteurs de risque : l'alcool, le stress, mais aussi le sommeil perturbé et le syndrome d'apnée du sommeil. Enfin, il faut savoir enfin que l'hypertension artérielle peut apparaître de manière parfois brutale, alors que vous avez eu des chiffres normaux pendant toute votre vie.

Indispensable dépistage

L'hypertension artérielle n'est pas une maladie "de vieux" ! On parle d'hypertension artérielle lorsqu'elle est supérieure ou égale à 14/9.

140/90 : ce sont les chiffres de pression artérielle à ne pas dépasser au cabinet médical. Ils sont de 135/85 en automesure à la maison.

On considère que la valeur normale de la pression artérielle est de 120/80. Le chiffre le plus élevé correspond à la pression maximale, lorsque le cœur se contracte pour se vider (pression systolique). Le chiffre le moins élevé correspond à la pression minimale, lorsque le cœur se relâche pour se remplir (pression diastolique).

  • En l'absence d'antécédent familial et avant 40 ans, le suivi chez le généraliste est suffisant. Soit, au minimum une fois par an. 
  • En cas d'antécédents familiaux d'hypertension artérielle ou de maladies cardiaques, il faut y penser plus tôt. "En cas de surpoids, de prise de poids importante ou d'arrêt de l'activité physique, la surveillance est de rigueur. Enfin, si les mesures sont à la limite de la normale, un contrôle plus fréquent est indispensable", précise le Pr Mourad. "Globalement, les femmes sont mieux dépistées que les hommes. C'est en partie parce qu'elles ont des consultations médicales plus courantes, souvent liées au suivi gynécologique, mais aussi parce qu'elles sont plus responsables de leur santé que les hommes et qu'elles hésitent peu à consulter en cas de problèmes", ajoute le cardiologue.

Femmes et hypertension artérielle

  • Tabac, surpoids, pilule : le trio risqué

"Le tabac est un fléau pour les artères en général. Une fumeuse sur deux aura une grave maladie liée au tabac. Si celui-ci ne favorise pas l'hypertension artérielle, il reste un facteur de risque vasculaire majeur", déclare le Pr Mourad. En fait, le tabac accélère le vieillissement et la rigidité des artères, comme le diabète ou le cholestérol. Et cette rigidité est à l'origine de l'hypertension à partir de 50 ans. "Le surpoids est, quant à lui, un facteur direct de l'hypertension artérielle", précise le médecin. La mise en place d'une alimentation équilibrée est donc indispensable pour la prévenir. "La prévention du surpoids peut permettre d'éviter la prise d'un traitement à vie." Concernant la contraception et plus particulièrement la pilule, ce sont les œstrogènes qui sont en cause. Ils activent certains systèmes hormonaux qui augmentent la tension artérielle en favorisant la rétention de sel. "Pour les femmes prédisposées à l'hypertension ou hypertendues, la prise de contraceptifs doit être associée à une surveillance médicale", indique le Pr Mourad. De manière générale on peut dire que l'hypertension chez les femmes jeunes est fortement liée au trio pilule, surpoids et sédentarité.

  • Chez les femmes enceintes

L'hypertension artérielle pendant la grossesse, aussi appelée hypertension gravidique, est la première maladie des femmes enceintes. Elle touche 10 % des femmes et ce chiffre augmente en raison de l'âge maternel qui est en constante augmentation. "En cas d'élévation de la tension pendant la grossesse, une surveillance accrue est indispensable avec également un contrôle de la prise de poids, explique le Pr Mourad. Le principal risque de l'hypertension gravidique est l'éclampsie qui impose l'accouchement en urgence avec un risque de mortalité maternelle important." Le principal problème de l'hypertension pendant la grossesse est que les médicaments anti-hypertenseurs sont contre-indiqués car ils ont des effets tératogènes (malformations du fœtus).  En cas d'hypertension artérielle, la grossesse doit être planifiée avec le médecin afin de modifier le traitement médical et le suivi.

La question de Sophie : "Je voudrais savoir quelle est la cause de l'hypertension artérielle chez la femme enceinte ?"

"L'hypertension artérielle, lorsqu'elle est découverte au cours d'une grossesse, peut correspondre à plusieurs situations.

  •  Parfois, il s'agit d'une "banale" hypertension, qui existait avant la grossesse mais qui a été diagnostiquée pendant la grossesse car la pression artérielle est régulièrement mesurée durant cette période. Dans ce cas, l'hypertension peut être découverte dès les premières semaines de la grossesse.
  •  Dans d'autres cas, l'hypertension artérielle apparaît en cours de grossesse alors que la tension était strictement normale avant ou en début de grossesse : on parle alors d'hypertension "gravidique". Elle apparaît au moins 20 semaines après l'interruption des règles. Cette HTA, lorsqu'elle est associée à une fuite de protéines à travers le rein, prend le nom de prééclampsie (ou toxémie gravidique). 

Les causes d'apparition de cette hypertension gravidique ne sont pas parfaitement connues. On pense qu'elle est en grande partie liée à des anomalies du placenta qui est une sorte d'éponge à travers laquelle le fœtus peut recevoir de l'oxygène et des nutriments et rejeter des déchets produits dans son organisme. L'hypertension gravidique peut avoir d'importantes conséquences pour la mère et le fœtus. Elle doit donc être dépistée et être traitée précocement si elle existe." Par le Dr Boris Hansel, endocrinologue.

  • Le tournant de la ménopause

Naturellement, la pression artérielle augmente progressivement avec l'âge. Comme nous vivons de plus en plus vieux, la population totale d'hypertendus augmente également. En plus de cette augmentation "naturelle" s'ajoutent des facteurs comme l'environnement, le mode de vie (alimentation, tabac, surpoids) et les antécédents familiaux, qui peuvent accélérer le développement de l'hypertension artérielle. Pour les femmes, une cause supplémentaire intervient : la ménopause. Les œstrogènes naturellement produites avant cette période protègent leurs artères des effets de l'âge (raidissement des artères). Mais à la ménopause, la production hormonale cesse. Conséquence directe : la protection des hormones disparaît et accélère l'augmentation de la pression artérielle. Finalement, à 50 ans le risque d'hypertension artérielle des femmes rejoint celui des hommes.

L'auto-mesure de la pression artérielle : mode d'emploi

L'automesure tensionnelle permet un contrôle régulier de la pression artérielle. Elle permet de mesurer vous-même votre pression artérielle. Vous choisirez de préférence un appareil avec un brassard au bras, plus facile d'utilisation que les appareils au poignet. Voir la liste des appareils validés sur les sites www.ansm.sante.fr ou www.automesure.com

Les mesures doivent être effectuées le matin, avant ou après le petit-déjeuner, le soir juste après le dîner. En outre, il est conseillé de répéter la mesure trois fois de suite, à deux minutes d'intervalle. À éviter absolument : l'automesure si vous êtes d'une nature anxieuse, les mesures en milieu de journée, ou après un effort ou une contrariété, et les mesures trop fréquentes.

4 conseils pour optimiser l'auto-mesure :

  • Installez-vous confortablement à une table.
  • Détendez-vous quelques minutes avant votre mesure.
  • Répétez la mesure 3 fois de suite à deux minutes d'intervalle.
  • Notez immédiatement tous vos résultats.

Vous pouvez télécharger votre carnet de suivi sur le site de la Fédération Française de Cardiologie (www.fedecardio.org)

Hypertension et traitement médicamenteux : du sur-mesure

La prise d'un traitement pour réduire l'hypertension est toujours évaluée au cas par cas. Et pour cause : le traitement antihypertenseur doit être pris à vie. Les deux paramètres les plus importants pour la prise en charge de l'hypertension artérielle sont les chiffres de la tension artérielle et le risque global associé.

  • Le premier critère est d'abord une pression artérielle supérieure à 16 (premier chiffre de la tension). "Dans ces cas-là, on dit que l'hypertension est sévère. Un traitement est prescrit d'emblée pour la faire baisser rapidement", explique le Pr Mourad.
  • Si la pression est inférieure à 16, on évalue alors le risque global du patient. "A-t-il des maladies associées (diabète, cholestérol, maladie cardiovasculaire, hérédité) ? Fume-t-il ? Quel âge a-t-il ? Ce sont les réponses à ces questions qui permettent de choisir la thérapeutique la plus adaptée : régime, activité physique, avec ou sans traitement associé."
  • Si la tension est entre 14 et 16, que la femme n'a pas de maladies associées, ni d'antécédents, les traitements médicamenteux ne sont pas prescrits en première intention. Des règles hygiéno-diététiques sont mises en place : activité physique, régime alimentaire, etc. Le tout sur plusieurs mois. Si ces règles sont suivies, elles suffisent parfois à retrouver une tension artérielle dans la norme (inférieure à 14), sans aucun traitement à prendre. Sinon, un traitement est prescrit en plus de ces mesures diététiques et sportives.

Il est parfois difficile de prendre un traitement alors qu'on a mal nulle part. Alors pourquoi le prendre ? "Ce n'est pas en parlant des risques (de ne pas prendre un traitement) qu'on persuade les patients de prendre un traitement à vie. La preuve : c'est écrit sur les paquets de cigarettes que c'est mortel, et pourtant les gens fument encore", explique d'emblée le Pr Mourad. "Il faut expliquer aux malades que le traitement a un sens : il permet de prolonger leur vie". Car les études sont formelles : sans traitement, les hypertendus vivent en moyenne 7 ans de moins que les personnes traitées, dont deux années avec des séquelles (handicaps). Le traitement anti-hypertenseur protège le cœur et le cerveau et améliore la qualité de vie.

Il existe 8 familles de médicaments. Votre hypertension ne ressemble pas à une autre et votre médecin devra peut-être essayer plusieurs médicaments avant de trouver le traitement qui vous convient le mieux, en termes d'efficacité et de tolérance. Si le choix du traitement est bien conduit, un ou deux comprimés suffisent pour permettre un retour à la normale de la tension. Sur les 15 millions de personnes hypertendues en France, 11 millions prennent un traitement. Mais, parmi celles-ci, moins de 6 millions ont une hypertension contrôlée correctement. Il faut savoir que la maladie évolue avec le temps et avec la personne. D'où la nécessité de réajuster régulièrement votre traitement, par un suivi régulier chez votre médecin traitant, environ tous les trois mois. C'est pourquoi il ne faut pas hésiter à revoir le traitement et à en parler au médecin. De même, en cas d'effets indésirables (œdème des chevilles, vertiges, troubles de la libido, toux, etc.), il faut en parler à votre médecin. 

Hypertension artérielle et régime sans sel

Les cardiologues conseillent un régime "sans sel ajouté", c'est-à-dire qu'il ne faut pas resaler les plats, éviter les conserves ou les plats préparés qui eux sont plus salés. Tout est donc dans la mesure. En revanche, si d'autres pathologies sont présentes (insuffisances cardiaque, hépatique, rénale, etc.), le sel est à proscrire totalement. Voici les conseils alimentaires à retenir :

  • Consommer 5 fruits et légumes par jour, du poisson deux ou trois fois par semaine, et éviter les matières grasses d'origine animale.
  • Limiter le sel : pas de salière à table ; éviter les plats préparés ; réduire le pain, les céréales, la charcuterie et le fromage ; cuisiner avec des herbes, des aromates et des épices.
  • Réduire la consommation d'alcool.

Activité physique et hypertension artérielle

L'activité sportive est conseillée pour lutter contre l'hypertension, comme pour de nombreuses maladies. Elle  permet d'une part d'éviter la prise de poids, mais également d'améliorer la souplesse des artères (souvent rigides à cause du cholestérol, du tabac ou encore du diabète). Mais pas question de la pratiquer n'importe comment. "Toute activité physique est bénéfique pour l'individu, en revanche, il faut bien la choisir, explique le Pr Mourad. Pour les hypertendus, on conseille une activité physique qui nécessitera une demi-endurance, mais pas d'efforts brusques." Le squash par exemple, qui demande de nombreuses accélérations, est à éviter. Préférez des activités physiques comme le jogging, le vélo d'appartement, la natation. En revanche, si elle est contrôlée par un traitement, l'activité physique est conseillée. Si l'hypertension n'est pas traitée, ni contrôlée, il faut consulter son médecin avant de débuter toute pratique sportive. A retenir : 3 fois par semaine, pendant 20 à 40 minutes (selon le sport) et avec l'avis du médecin, l'activité physique permet de faire diminuer la pression artérielle.

Les complications de l'hypertension artérielle

Si elle passe bien souvent inaperçue dans un premier temps, l'hypertension a un niveau élevé peut toutefois provoquer des troubles, certes bénins mais qui doivent alerter et inciter à consulter. On note souvent des céphalées, des sifflements dans les oreilles, parfois des saignements de nez, des palpitations, une certaine difficulté à respirer. Plus grave, l'hypertension installée depuis un certain temps et non traitée est souvent responsable de complications qui peuvent être gravissimes.

  • D'abord, fatalement, le cœur se fatigue beaucoup plus vite. Il pompe plus fort et, donc, s'épuise, entraînant parfois une insuffisance cardiaque. Or, qui veut aller loin ménage sa monture, c'est bien connu? D'où l'intérêt de ne pas laisser traîner une hypertension trop longtemps.
  • Les artères souffrent également. "La forte pression du sang finit par abîmer les parois, expose Jean-Jacques Mourad. Elles deviennent plus fragiles et le cholestérol pourra s'installer plus facilement, pour former des plaques de graisses, les plaques d'athérome." C'est ce qu'on appelle l'athérosclérose. Elle-même contribue à rendre les artères moins souples, c'est donc un cercle vicieux. En outre, ces plaques bouchent progressivement les artères et peuvent être responsables d'un infarctus du myocarde.
  •  Les complications neurologiques peuvent être très graves. En effet, les vaisseaux du cerveau se trouvent également fragilisés par l'hypertension. Ils peuvent donc se rompre plus facilement, entraînant un accident vasculaire cérébral dont les conséquences peuvent être gravissimes. "Sans aller jusque-là, l'hypertension peut entraîner de minuscules hémorragies dans le cerveau, développe Jean-Jacques Mourad. A la longue, ces saignements finissent par l'endommager irrémédiablement et c'est le début d'une démence qui ressemble fort à la maladie d'Alzheimer."
  • Les autres organes souffrent également d'une pression artérielle trop forte, notamment les yeux et les reins. 

* Propos recueillis en 2012 par la rédaction du Journal des Femmes.

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