Mort subite de l'adulte : causes, dépistage, recherche...

Tous les ans en France, 40 000 personnes décèdent subitement d'un arrêt cardiaque. Un accident qui peut survenir dès 45 ans et qui touche particulièrement les sportifs. Prévention, dépistage, symptômes… Que sait-on de la mort subite cardiaque ?

Mort subite de l'adulte : causes, dépistage, recherche...
© Dmytro Zinkevych - 123RF

Chaque année en France, on estime entre 40 000 et 50 000 cas de mort subite cardiaque. Il s'agit "d'une mort naturelle avec perte brutale de conscience dans l'heure qui suit le début des symptômes, chez un sujet ayant ou non une maladie cardiaque connue", explique la Fondation Cœur & Recherche sur son site internet. Et parce que ce fléau représente un enjeu de santé publique, il est nécessaire d'améliorer la connaissance des causes des morts subites ainsi que la prévention. Il y a quelques mois, une équipe de l'hôpital de la Salpêtrière (Paris) a découvert qu'une anomalie d'une protéine située au niveau du muscle cardiaque pourrait être à l'origine de la mort subite de l'adulte. Afin de confirmer l'implication de ce gène dans les troubles du rythme cardiaque menant à la mort subite, la Fondation a sollicité le Pr. Antoine Leenhardt, cardiologue à l'Hôpital Bichat (AP-HP) à Paris et son équipe, pour mener une étude inédite intitulée "Et si votre cœur s'arrêtait de battre ?". L'objectif : Confirmer que le gène identifié est un facteur de risque et à terme, déterminer les causes de la mort subite chez l'adulte, jusqu'ici inconnues, et approfondir la piste génétique. Cette étude sera conduite sur un an, avec l'aide de cinquante patients qui ont survécu à un arrêt cardiaque soudain, précise Le Parisien dans un article du 4 avril 2018, et permettra aux 4 centres experts d'introduire la protéine mutée dans le génome de rats afin de constater s'ils souffrent ou non d'une irrégularité ou d'un ralentissement cardiaque anormal (arythmie cardiaque).

Au terme de l'étude, les chercheurs espèrent trouver un traitement adapté à cet accident cardiaque dont les chances de survie sont actuellement extrêmement faibles (le taux de survie sans séquelles neurologiques majeures est inférieur à 3 % en France). Il s'agit donc d'une grande avancée médicale puisque "si on est capable de démontrer que ce gène est responsable de la mort subite chez un adulte sans cause identifiée, on pourra envisager une action préventive qui permettrait de détecter les risques de mort subite au sein de la famille de la personne décédée par mort subite inexpliquée", espère le Dr Patrick Assyag, cardiologue et vice-président de la Fédération française de Cardiologie.

Mort subite cardiaque : quels sont les symptômes ?

La mort subite cardiaque est une mort naturelle causée par un arrêt du cœur. Dans plus de 80 % des cas, "le mécanisme de la mort subite est un trouble du rythme ventriculaire (fibrillation ventriculaire ou tachycardie ventriculaire)", précise la Fondation Cœur & Recherche. La fibrillation ventriculaire est "un emballement soudain, extrême et anarchique du rythme cardiaque". Concrètement, le vaisseau qui transporte le sang oxygéné des poumons vers le cœur se bloque : le cœur ne peut donc ni pomper du sang, ni alimenter le cerveau et les poumons, et les battements du cœur peuvent devenir irréguliers et parfois, cesser. La personne arrête ainsi de respirer, perd rapidement connaissance et n'a plus de pouls.

Adolescents, personnes âgées, sportifs… Qui est à risque ?

Impossible de prévoir le moment ni le mode de survenue d'une mort subite cardiaque. Cette dernière peut toucher les sujets sains sans problèmes de santé, ni antécédents familiaux ou ceux présentant une maladie cardiaque connue, tous sexe et âge confondus. Toutefois, la mort subite, qui fait plus de 40 000 victimes par an en France, apparaît comme plus fréquente chez les personnes âgées de plus de 35 ans : "il existe un pic de fréquence entre 45 et 75 ans" et "la mort subite survient 3 à 4 fois plus souvent chez l'homme que chez la femme", indique la Fondation Cœur & Recherche.

Concernant les causes : dans 9 cas sur 10, la cause de la mort subite est d'origine cardio-vasculaire. Chez les moins de 45 ans, la mort subite pourrait être liée à une maladie cardiaque héréditaire non-détectée, comme une cardiopathie hypertrophique, des troubles du rythme cardiaque ou encore une anomalie congénitale des artères coronaires ou du muscle cardiaque. Enfin, hormis les maladies cardiaques héréditaires, certaines morts subites chez les personnes de moins de 45 ans peuvent être consécutive à un infarctus du myocarde (qui a lieu après l'obstruction soudaine d'une des artères coronaires qui empêche la bonne irrigation du cœur), qui lui est aggravé par le tabagisme, l'excès de cholestérol, une surconsommation d'alcool, l'absence d'activité physique, le diabète, l'hypertension artérielle ou encore l'obésité.Par ailleurs, les sportifs de haut niveau semblent plus susceptibles d'être frappés par une mort subite. En effet, on estime qu'un quart des morts subites ont lieu pendant ou juste après un effort intense. Par an, 2 sportifs professionnels sur 10 000 décèdent d'une mort subite par arrêt cardiaque brutal (d'après les derniers résultats du Comité international Olympique de 2004). Selon cette même étude, les trois sports qui entraîneraient le plus de cas de mort subite sont la course à pied, le football et le cyclisme. En mars 2018, trois jeunes footballeurs français sont décédés d'un arrêt cardiaque sur le terrain, bien que leurs dossiers médicaux ne suscitaient pas d'inquiétudes. Chez les athlètes de plus de 35 ans, il s'agit presque dans tous les cas d'une malformation cardiaque : soit d'une cardiomyopathie hypertrophique (un cœur trop épais), soit une dysplasie ventriculaire droite arythmogène (maladie du myocarde). Chez les sportifs plus jeunes, il s'agit dans 80 % des cas, d'une malformation d'une des trois artères coronaires. Dans ces deux cas, une échographie, un scanner ou un électrocardiogramme simple, très souvent réalisés chez les sportifs professionnels, permettent de détecter ces anomalies et donc de diminuer le nombre de décès.

Sportifs, quelles recommandations ? Suite à un colloque sur la mort subite du sportif (2004), le Club des cardiologues du sport a émis des recommandations à destination des sportifs, aussi bien de haut niveau qu'occasionnels.

  • Avant de pratiquer une activité sportive régulière, et encore plus si ça fait longtemps que vous n'avez pas fait de sport, il est important de faire un bilan cardiologique avec son médecin traitant, surtout si vous avez plus de 35 ans pour les hommes, et 45 ans pour les femmes
  • Signalez à votre médecin tout signe de palpitation cardiaque, de douleur à la poitrine, d'essoufflement anormal et de malaise survenant pendant l'effort ou juste après
  • Pensez à bien vous échauffer et à vous hydrater et à récupérer pendant 10 minutes toutes les 30 minutes d'exercice
  • Ne faites pas de sport en cas de fièvre, ni dans les 8 jours qui suivent un état grippal ou une grippe
  • Ne fumez pas une heure avant de faire du sport et deux heures après une pratique sportive
  • Évitez les boissons énergisantes juste avant le sport, ne consommez pas de substance dopante et évitez l'automédication. En cas de problème, demandez plutôt l'avis de votre médecin

Existe-il des facteurs aggravants ?

Outre une activité sportive intense, il existe deux principaux facteurs aggravants qui peuvent entraîner une mort subite. Tout d'abord, "les personnes souffrant de dyskaliémie, c'est-à-dire qui ont une perturbation du taux de potassium dans le sang (en perte ou en excès), présentent plus de risques d'avoir un trouble du rythme cardiaque et donc des risques de mort subite" explique le Dr. Assyag. Par ailleurs, "les personnes atteintes du syndrome du QT long ou court congénital (maladie du cœur) ont un risque plus élevé de souffrir d'une arythmie cardiaque (battements anormaux du cœur) ou de fibrillation ventriculaire (trouble du rythme cardiaque)", poursuit le cardiologue.

Peut-on prévenir la mort subite ?

Mises à part les campagnes de sensibilisation "aux gestes qui sauvent", l'installation de défibrillateurs automatiques dans certains lieux publics et le fait d'inviter les personnes à effectuer régulièrement des examens de dépistage des maladies du cœur, "actuellement, on ne peut pas prévenir le risque de mort subite sans cause apparente (donc sans infarctus du myocarde ou sans cardiopathie sous-jacente), puisque très peu, voire aucun, symptômes ne précèdent une mort subite", assure le cardiologue. "Grande première en France, l'étude menée par le Pr. Antoine Leenhardt et ses équipes pourrait déboucher sur une prévention de la mort subite inexpliquée, et particulièrement les risques de récidives", ajoute le vice-président de la FFC. En effet, "si cette prédisposition génétique est vérifiée, on pourrait rechercher ce gène dans les familles (parents, enfants, frères et sœurs...) de la personne décédée par mort subite sans cause apparente et ainsi faire de la prévention, envisager une prise en charge adaptée et assurer un suivi". Si ces personnes ont en plus des facteurs de risques associés (diabète, dyskaliémie, anomalie du tissu myocardique, QT congénital...), il serait intéressant de leur proposer un défibrillateur (appareil capable d'intervenir sur l'arythmie cardiaque via une décharge électrique ou un choc électrique) pour ainsi prévenir la mort subite par trouble du rythme cardiaque.

Que faire face à un arrêt cardiaque ?

Limiter le taux de décès par mort subite est possible. "Actuellement, le taux de survie à une mort subite est de 3 %, sans séquelles neurologiques", rappelle le cardiologue, et "ce taux pourrait décupler si plus de gens étaient formés aux gestes de premier secours". Toutefois, si vous êtes témoins d'un arrêt cardiaque, ayez le réflexe d'appeler le 15 (Samu). Et si vous êtes formés aux gestes de premier secours, il est nécessaire de pratiquer un massage cardiaque au plus vite. Si le malaise survient dans un lieu public, renseignez-vous sur la présence de défibrillateurs cardiaques automatiques ou semi-automatiques.

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