Infarctus chez les femmes : on s'en protège !

De plus en plus de femmes, même jeunes, font des infarctus. Comment les identifier et les éviter ? Eclairage du Pr Claire Mounier-Vehier, cardiologue.

Infarctus chez les femmes : on s'en protège !
© Sean Nel - 123 RF

Non, les infarctus et les AVC, ça n'arrive pas qu'aux hommes. Les femmes, en sont elles aussi victimes. Et même, de plus en plus souvent. Dans son dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire, publié le 8 mars, l'Institut national de veille sanitaire (InVS) s'est intéressé au cœur des femmes. Intitulée "Les femmes au cœur du risque cardiovasculaire", l'étude souligne tout particulièrement la progression du nombre d'hospitalisations pour un infarctus du myocarde chez les femmes de 45 à 54 ans. Il faut aussi savoir qu'une femme sur trois va décéder d'une pathologie cardio-cérébro-vasculaire. C'est huit fois plus que par cancer du sein. Claire Mounier-Vehier, cardiologue et Présidente de la Fédération française de cardiologie, revient sur les facteurs de risque et sur les symptômes de l'infarctus.

Quels sont les symptômes de l'infarctus chez une femme ?

Il s'agit de symptômes atypiques, différents de ceux observés chez les hommes et qui évoluent généralement insidieusement en amont de l'infarctus. "Chez les femmes, il peut s'agir de douleurs gastriques, comparables à celles d'un ulcère, décrit Claire Mounier-Vehier. Souvent aussi, les femmes évoquent une fatigabilité à l'effort, même lorsqu'elles sont sportives ! Certaines de mes patientes me disent par exemple qu'elles n'arrivent plus à faire leur footing ou qu'elles ressentent une oppression dans la poitrine. Pour résumer, tout symptôme anormal, dans un contexte de facteurs de risque (hypertension, terrain familial, tabac) doit alerter les femmes et déboucher sur un bilan cardiovasculaire, voire un appel au 15."

Quels sont les facteurs de risque ?

Si les femmes font davantage d'infarctus, c'est parce que "leur mode de vie a évolué depuis près de 30 ans", explique la cardiologue. En effet, elles ont aujourd'hui adopté les mêmes comportements à risque que les hommes : elles fument, elles boivent de l'alcool, elles s'alimentent moins bien, elles sont plus stressées... Parmi ces facteurs de risque, le tabac est "l'ennemi public numéro 1". Et d'autant plus lorsqu'il est associé à la pilule. Le stress, n'est pas en reste : c'est le 3e facteur de risque après le tabac et le cholestérol et il est plus toxique pour les femmes que pour les hommes, précise le Pr Mounier-Vehier. Aujourd'hui, les femmes accumulent énormément de tension de par un rythme de vie qui s'accélère toujours plus. Et à force, c'est leur cœur qui trinque. "Le stress chronique agit directement sur le métabolisme [favorise le cholestérol et le diabète, NDLR] et favorise la rigidité des artères sur le long terme, donc augmente la rupture des plaques de cholestérol, ce qui favorise les infarctus. Et indirectement, le stress chronique conduit les femmes à grignoter, donc à prendre du poids, mais aussi à fumer... ce qui augmente encore les risques."

Le problème, c'est que les femmes se sentent souvent protégées du risque cardiovasculaire par leurs hormones. Cela est vrai jusqu'à la ménopause : les oestrogènes rendent les artères des femmes plus souples et évitent ainsi la formation de caillots sanguins. "Mais ce qu'elles ignorent souvent, c'est que l'exposition aux facteurs de risque, comme le stress, diminue cet effet protecteur." Ainsi, il suffit qu'une femme soit hypertendue, qu'elle fume, qu'elle soit en surpoids ou même exposée au stress, pour que cette protection naturelle disparaisse. 

Au-delà du mode de vie, les femmes sont exposées à des facteurs de risque hormonaux, qui peuvent avoir un impact négatif sur leur cœur, tout au long de leur vie. Contraception, grossesse et ménopause sont donc des périodes à risque pour les femmes. 

Peut-on prendre la pilule sereinement ?

Oui, à condition de faire les choses correctement. Depuis le scandale des pilules de 3e génération, les recommandation ont évolué : aucune prescription de pilule, quelle que soit sa génération, ne peut être faite sans un interrogatoire poussé. "Avant la première prescription, le médecin doit faire un point complet pour savoir s'il existe des antécédents de phlébite ou d'embolie pulmonaire dans la famille. C'est le B-A BA, confirme le Pr Mounier.

"Il faut ensuite faire le point à 35 ans, poursuit-elle. Une femme qui continue à fumer tout en prenant une contraception doit impérativement arrêter les oestrogènes de synthèse pour passer à une contraception exclusivement progestative (pilule progestative, Implanon®, Mirena®)". Car rappelons-le, les oestrogènes de synthèse contenus dans les pilules combinées, mais aussi dans les patchs et anneaux contraceptifs peuvent potentiellement favoriser la formation de caillots sanguins, et donc, augmenter les risques d'accidents veineux et artériels. "Après 40 ans, je déconseille les contraceptifs oestro-progestatifs pour toutes les femmes car elles arrivent à un âge où physiologiquement elles font plus de caillots."

Que penser des traitements hormonaux substitutifs ?

La cardiologue conseille de prévoir un bilan avec le gynécologue et avec le cardiologue, afin de discuter de l'intérêt d'un traitement hormonal, au cas par cas. Et de les revoir chaque année. Chez certaines femmes, sans facteurs de risque, "qui dorment mal la nuit parce qu'elles ont des douleurs articulaires ou qui se sentent agressives, mal dans leur peau ou déprimées, un traitement peut être utile pour limiter le stress  qui en découle, lui même facteur de risque d'infarctus", précise-t-elle. Il sera en outre bénéfique sur le bilan lipidique. "Dans ces cas-là et en l'absence de contre-indication, je préconise un traitement par progestatifs naturels et par voie cutanée, assorti d'un check up et d'un suivi gynécologique régulier." A noter aussi que les femmes ménopausées doivent redoubler de vigilance quant à leur mode de vie. "A partir de la ménopause, les femmes ont tendance à prendre du poids. Elles accumulent plus de graisses et de sucres dans le sang, alors même que leurs artères deviennent plus épaisses et plus rigides", décrit le Pr Mounier-Vehier.

Que conseillez-vous aux femmes pour modifier leur mode de vie ?

"De manger sainement, sans oublier les fruits et les légumes. D'éviter de grignoter car cela favorise la prise de poids. De se bouger, ce qui ne signifie par forcément d'aller dans une salle de sport, mais d'avoir une activité physique régulière tous les jours. Il faut en outre accompagner les femmes qui souhaitent arrêter de fumer et leur dire que 3 cigarettes par jour multiplie par 2 le risque d'infarctus, mais que toute cigarette en moins diminue les risques ! Et enfin de gérer leur stress. Il existe des applications mobiles intelligentes et pratiques pour aider à mieux respirer et à se détendre pendant la journée*. Encore une fois, l'hygiène de vie est le facteur protecteur numéro 1 !"

* Le Pr Mounier-Vehier recommande notamment les applications RespiRelax et Ozen.

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