Les produits d'entretien, sources de pollution de l'air intérieur

Désinfectants, antibactériens, antiacariens… Le magazine 60 Millions de consommateurs pointe plus de 45 produits contenant des substances toxiques.

Les produits d'entretien, sources de pollution de l'air intérieur
© Diego Cervo - 123RF

Plusieurs dizaines de produits d'entretien destinés à purifier l'air sont en fait la première source de pollution de nos intérieurs. C'est ce que dénonce le magazine 60 Millions de consommateurs dans son dernier numéro hors-série.

Depuis plusieurs années, des produits "purifiants" (désinfectants, antiacariens, antibactériens…) ont envahi les rayons des supermarchés et des pharmacies. "Or, contrairement à ce qu'ils prétendent, ces produits, loin d'assainir la maison, décuplent la pollution intérieure", assure le magazine. Et pour cause, ils contiennent de nombreuses "substances allergènes, irritantes, voire toxiques". Plus d'une quarantaine de produits d'entretien ménager parmi lesquels 10 sprays assainissants, 12 produits désodorisants, 12 antiacariens et 12 désinfectants, sont concernés. Cette enquête indique que l'aérosol est le pire mode de diffusion. Celui-ci entraîne en effet l'émission de composés organiques volatils sous la forme de particules fines dans la pièce, qui peuvent plus facilement pénétrer dans les voies respiratoires. Attention, beaucoup de sprays sont en fait… des aérosols.

Toux, urticaire, asthme… Les désodorisants d'intérieur contiennent "des composants toxiques comme du benzène ou du naphtalène, qui sont cancérogènes, de l'acroléine, une substance très dangereuse pour l'appareil respiratoire, ou encore des muscs synthétiques, des substances odorantes provoquant des allergies et des modifications du système endocrinien". Il n'est donc pas étonnant qu'ils puissent provoquer de l'urticaire, de l'eczéma, des toux, et même des crises d'asthme. Le problème est que si un parfum allergène est présent en faible quantité dans un produit (moins de 0,01% du produit fini), il ne sera pas nécessairement indiqué sur l'étiquette, assurent les auteurs. C'est notamment le cas de "Thaï orchidée" de Febreze et de "Pure Fleurs de cerisier d'Asie" d'Air Wick.

Dans les produits désinfectants, il y a notamment des ammoniums quaternaires provoquant de l'asthme. Finissant par "-onium", ils sont facilement repérables sur les étiquettes. Parmi les produits épinglés, on retrouve "Carolin anti-bactérien sans javel" qui contient cinq substances toxiques et un parfum allergène. Le désinfectant WC d'Etamine du lys obtient quant à lui une bonne note même s'il y a un bémol quant à son efficacité.

Contenant des pesticides, les produits antiacariens sont eux aussi à éviter. D'autant plus qu'en aérant régulièrement les pièces, en lavant le linge en cycle long, en aspirant une fois par semaine les tapis et moquette, on limite la prolifération des acariens.

Le magazine dénonce également le discours des industriels qui favorisent les mentions "naturel" sur les produits assainissants. Pourtant, la plupart de ces sprays sont classés "biocides". Et une fois retombées au sol, les substances, absorbées par les meubles et tapis, continuent à être diffusées et peuvent être aussi portées à la bouche des enfants. S'il est demandé aux fabricants de veiller "à ce que l'étiquetage n'induise pas en erreur quant au risque que présente le produit pour la santé […] et, en tout état de cause, ne comporte pas les mentions "naturel ", "respectueux de l'environnement" […] ou tout autre indication similaire", ce n'est pas toujours respecté. En effet, "deux tiers des marques trichent et font rétrécir les pictogrammes de danger, sans doute pour ne pas effrayer le consommateur", indique 60 Millions de consommateurs.

Revoir les étiquettes. L'Afise, association qui regroupe les industries de la détergence, de l'entretien et des produits d'hygiène industrielle, a assuré à l'AFP que son secteur était "très réglementé". Elle a assuré que "tout est fait pour que [les] produits apportent le service attendu, dans un cadre sécurisé et réglementé, avec des industriels qui tirent vers le haut pour que [les] produits soient de plus en plus respectueux de l'environnement de la santé" avant d'ajouter que "les ingrédients qui entrent dans la composition des produits sont rigoureusement sélectionnés et testés avant d'être mis sur le marché".

60 Millions de consommateurs demande aux fabricants épinglés de "revoir de fond en comble leurs étiquettes" et appelle les "consommateurs à limiter le recours à l'arsenal dont les industriels voudraient les équiper".

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