Asthme sévère : un traitement prometteur, des labos réticents

L’asthme sévère touche des milliers de Français. Une équipe de l’Inserm travaille sur un traitement prometteur qui pourrait toutefois être stoppé, faute de financement. Le Professeur et pneumologue Patrick Berger qui a dirigé l'essai, nous en dit plus.

Asthme sévère : un traitement prometteur, des labos réticents
© triocean

Affection chronique des voies aériennes, l’asthme concerne aujourd’hui 8% de la population française. Dans certains cas, la maladie peut ne pas être contrôlée par les différents traitements disponibles. C’est ce que l’on appelle l’asthme sévère, qui touche aujourd’hui entre 300 000 et 600 000 Français. Majoritairement féminine, cette maladie se caractérise par un souffle limité et des exacerbations, c’est-à-dire une succession de crises d’asthme, qui nécessitent un traitement par voie générale (cure de cortisone ou prise de corticoïdes en tout temps).

Tout commence en 2007. Lors de leurs premiers travaux in vitro et ex vivo, le Professeur Patrick Berger et son équipe du Centre de recherche cardio-thoracique (Inserm) de Bordeaux ont expliqué le mécanisme par lequel les asthmatiques sévères ont une augmentation de la masse de leur muscle lisse bronchique. Ils ont ainsi mis en évidence une entrée anormale de calcium dans les cellules de ce muscle, qui est responsable de la multiplication cellulaire. Ils ont alors observé que le médicament Gallopamil bloque l’entrée de calcium et stoppe ainsi la prolifération des cellules. Pour confirmer cette hypothèse, ils ont poursuivi leurs recherches par un essai clinique.

Un essai clinique encourageant. Des résultats très prometteurs pour les asthmatiques sévères ont ensuite été obtenus lors de l'essai clinique axé sur la réduction du muscle lisse des bronches. Réalisé en France, il a été mené sur une trentaine de patients asthmatiques sévères par l'équipe du Pr Berger. Ce dernier explique : "les patients suivaient un traitement par voie orale pendant 12 mois. Ils recevaient ainsi soit du Gallopamil, soit du placebo et étaient suivis de très près. A la fin de ce traitement, nous avons observé une réduction de la taille du muscle lisse bronchique et de l’épaisseur des bronches pour le groupe de personnes prenant du Gallopamil. Puis, les patients n’ont plus été suivis les trois mois suivant l’essai. A l’issu de cette période, nous avons effectué de nouvelles mesures. Une augmentation des exacerbations a été observée chez les individus ayant pris du placebo tandis que ceux ayant suivi le traitement au Gallopamil en avaient très peu. La fréquence des exacerbations a en fait été diminuée par quatre."

Nécessité d’un essai clinique de grande ampleur. La diminution de la masse du muscle lisse bronchique a donc bien été mise en évidence au cours de cet essai, vérifiant ainsi les résultats obtenus en 2007. En revanche, la réduction des exacerbations doit être confirmée par un autre essai clinique. "Il s’agira alors de compter le nombre d’exacerbations pour vérifier la diminution de leur fréquence sous l’action du Gallopamil, explique le pneumologue. Cet essai clinique doit être mené à l’échelle internationale sur un plus grand nombre de patients, 400 environ."

Vers un traitement au Gallopamil ? Le Gallopamil semble être une voie prometteuse pour les personnes asthmatiques sévères. Ce médicament est déjà utilisé aux Etats-Unis et en Allemagne depuis les années 80 pour les cas d’hypertension artérielle et d’angine de poitrine. Cette molécule n’est toutefois pas commercialisée en France. Pour diminuer les symptômes des asthmatiques sévères, un traitement au Gallopamil pourrait cependant être envisagé dans notre pays.

Les industries pharmaceutiques réticentes. Malgré des résultats très prometteurs, le Pr Patrick Berger peine à trouver des financements. "Nous avons des difficultés à trouver un partenaire industriel qui veuille financer ce deuxième essai clinique. Le Gallopamil est une molécule qui ne coûte pratiquement rien à fabriquer et elle est généricable. Les industriels sont réticents à l’idée de financer un essai alors que d’autres laboratoires pourront fabriquer le médicament une fois l’essai terminé." Espérons qu’il soit entendu.

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