Allergiques et asthmatiques : quelles sont les sources de pollution à la maison ?

Pas forcément celles que vous croyez. La pollution vient très souvent des produits ménagers parfumés aux agrumes, des peintures ou encore des huiles essentielles. Le point avec Martine Ott, conseillère médicale en environnement.

© Fotolia

Martine Ott est Conseillère médicale en environnement intérieur. Son rôle : à la demande du médecin, elle va directement au domicile ou sur leur lieu de travail des patients afin d’auditer la qualité de l’air intérieur. Une fois que les différents polluants sont identifiés, elle donne des recommandations sur-mesure afin d'améliorer leur quotidien.

A la maison, quelles sont les principales sources de pollution ?

D'abord le tabagisme est évidemment une source de pollution pour les personnes allergiques. Mais de nombreux objets du quotidien libèrent également des substances irritantes pour les allergiques. Il s'agit en particulier des produits utilisés en décoration et en bricolage, comme les peintures, les colles, les isolants, etc. Les produits d'entretien, ainsi que tous les parfums d'intérieur (bougies, encens, papier d'Arménie…) et même les huiles essentielles sont déconseillés. Par ailleurs, dans les nouveaux appartements labellisés "BBC" (bâtiment basse consommation), l'étanchéité des fenêtres est réduite afin de limiter les pertes thermiques, ce qui réduit la perméabilité à l'air. Aussi, lorsque les filtres ne sont pas changés, l'air passe par un filtre saturé en poussières... C'est très mauvais pour les bronches !

Vous évoquez les huiles essentielles, qui sont pourtant des produits d'origine naturelle. Comment se fait-il qu'elles soient polluantes ?

Les huiles essentielles, de même que les bougies ou les parfums d'intérieur, libèrent des substances nocives, comme le formaldéhyde ou le benzène. Ces composés organiques volatils, les COV, sont irritants pour les personnes allergiques, en particulier lorsqu'ils sont diffusés sous forme d'aérosols. Et surtout, le principal problème, ce sont les mélanges d'huiles essentielles que l'on retrouve dans les lingettes et autres produits d'entretien. Ces produits ne doivent pas être utilisés par les allergiques et les asthmatiques, ni d'ailleurs par les femmes enceintes et en présence de jeunes enfants. Il faut se méfier en particulier des produits nettoyants parfumés aux agrumes. Ils contiennent en effet un COV particulièrement irritant, le limonène. En revanche, les huiles essentielles ont un intérêt pour les non allergiques et asthmatiques.

Avoir un intérieur propre reste une préoccupation majeure pour les allergiques. Alors que faire ?

Je leur recommande de limiter l'utilisation des produits que je viens de citer, en particulier de bannir ceux qui contiennent des huiles essentielles sous forme de mélanges et sous forme aérosol. On peut aussi se référer à l’Ecolabel européen afin de choisir des produits d'entretien moins nocifs. Mais surtout, je reviens sur des notions d'hygiène de base avec les patients allergiques : désinfecter, ce n'est pas la même chose que nettoyer, et ce n'est pas parce que ça sent bon, que c'est propre. Le propre n'a pas pas d'odeur ! Dernier point important : il est recommandé d'aérer régulièrement les pièces de la maison afin de préserver la qualité de l'air intérieur.

Moquettes, acariens… Quels sont les autres dangers quand on est allergique ?

En ce qui concerne les moquettes, les allergiques sont plutôt bien informés et savent qu'il faut les éviter. Pour le reste, il faut avoir une hygiène irréprochable avec les couettes et autres linges de maison. Bien sûr, il existe des couettes anti-acariens mais il faut savoir que les tests sont réalisés in vitro et sur un temps court. Sur le long terme, le plus efficace reste le lavage à 40° C ! J'en profite pour rappeler une idée reçue toujours bien ancrée : mettre les peluches des enfants au congélateur n'a jamais tué les allergènes, bien au contraire, c'est la meilleure façon pour les conserver !

Les plantes dépolluantes présentent-elles un intérêt ?

Non aucun. Là aussi, elles ont été testées en laboratoire in vitro. Pour reproduire cela dans la vraie vie, il faudrait vivre avec un parterre de plantes vertes.

Existe-t-il des produits de décoration et de bricolage moins nocifs ?

Oui, dans le cas des peintures, il est possible de se référer à l'étiquetage. Il existe en effet depuis septembre 2013, une réglementation, qui attribue une lettre, de A+ à C, en fonction de la concentration en COV (correspondant à la moyenne de 10 polluants évalués). Cet étiquetage existe aussi sur les produits d'isolation, les colles, les vernis, etc.

En revanche, il n'existe pas d'étiquetage sur les meubles, qui contiennent pourtant des vernis, des colles…

Effectivement, il n'y a rien d'indiqué. Mais la pression médiatique aidant, les fabricants de meubles commencent à réduire les teneurs des produits polluants.

Faut-il devenir parano et craindre tous ces produits si on n'est pas allergique ?

Non, rassurez-vous. Le formaldéhyde et le benzène sont certes classés cancérigènes, mais seulement pour des utilisations en milieu professionnel. Pour un usage domestique, les concentrations ne sont pas suffisamment importantes pour comporter des risques.

Lire aussi