Allergies : pourquoi elles augmentent ? 3 questions à Pierrick Hordé, allergologue

dr pierrick hordé, médecin allergologue.
Dr Pierrick Hordé, médecin allergologue. © Cécile Debise / L'Internaute.com

Au Japon, en Allemagne, aux Etats unis, au Sénégal, et en France, le documentaire Allergies planétaires, à qui la faute ?, explore les différentes causes de l'épidémie allergique à travers les dernières expérimentations scientifiques, mettant ainsi l'accent sur l'hypothèse hygiéniste et les perturbations du système immunitaire.
C'est parce qu'il entendait toujours la même question de la part de ses patients depuis une quinzaine d'années, à savoir : "mais comment se fait-il qu'il y ait autant de personnes allergiques ?", que son auteur, le Dr Pierrick Hordé, a souhaité apporter des éléments de réponse pour tenter de mieux comprendre une pathologie encore énigmatique et multi-factorielle. 

On parle désormais d'"épidémie allergique" pour évoquer la spectaculaire hausse du nombre d'allergiques dans le monde. Quel est selon vous le principal coupable ?
Dr Pierrick Hordé : la principale raison à l'augmentation du nombre de personnes allergiques, c'est le changement de nos modes de vie depuis environ 30 ans. En effet, on ne vit plus de la même manière : nos appartements sont plus chauffés, plus calfeutrés et donc les acariens qui sont de forts allergènes y prolifèrent davantage. De plus, nous utilisons toujours plus de polluants domestiques et dans des proportions beaucoup plus importantes qu'avant : les désodorisants, mais aussi les colles et les vernis, ont par exemple envahi nos intérieurs. Finalement la pollution intérieure qui est aussi liée au tabagisme, actif ou passif, est devenue bien supérieure à la pollution extérieure. Elle joue clairement un rôle de facteur aggravant dans l'apparition des allergies.

"Les enfants nés par césarienne présentent plus d'allergies que ceux nés par voie naturelle."

Par ailleurs, l'hygiène joue un rôle majeur. De fait, grâce à l'arrivée des antibiotiques, il y a heureusement moins de maladies infectieuses mais le système immunitaire ne joue plus son rôle. Résultat : il est perturbé et se met à combattre des éléments inoffensifs. Dans le documentaire, nous montrons par exemple qu'on compte dix fois moins d'allergiques chez les Amish, une communauté présente en Amérique du Nord et vivant à l'écart de la société moderne, notamment sans utilisation de vaccins et d'antibiotiques. Enfin, des travaux effectués dans plusieurs pays européens montrent que les enfants nés par césarienne présentent plus d'allergies que ceux nés par voie naturelle, du fait que leur système immunitaire est  immédiatement exposé au monde microbien au moment de l'accouchement.   

On entend beaucoup parler du lien entre la pollution au gasoil et l'augmentation des allergies et de l'asthme. Qu'en est-il exactement ?
Bien sûr que la pollution atmosphérique joue un rôle, mais il est beaucoup plus ponctuel et moins important que la pollution domestique. Par exemple, lors des pics d'ozone et de pollens, les asthmatiques sont plus gênés à cause des particules fines qui viennent se fixer sur les grains de pollens : elles cassent leur coque protectrice et amènent directement les protéines allergisantes dans les bronches. Les symptômes sont ainsi aggravés lors des épisodes de pollution.
Par ailleurs, on évoque aussi beaucoup la "pollution verte" liée à l'exploitation de nouvelles espèces végétales qui libèrent de nouveaux pollens. La plantation en masse de cyprès dans le sud de la France a notamment contribué à augmenter les périodes de pollinisation dans cette région. Et puis, on peut citer l'exemple très parlant du Japon : il y a 30 ans, le cèdre était exploité pour la construction des maisons. Aujourd'hui, les maisons ne sont plus en bois et la quantité de pollens de cèdres est rejetée en masse dans l'atmosphère. Et le nombre d'allergiques n'a jamais été aussi important... 

Quelles sont les pistes pour tenter d'enrayer cette épidémie allergique ? Revenir à un mode de vie proche de ce qu'il était y a 30 ans... ? 
On ne peut évidemment pas revenir en arrière mais à titre individuel, il y a quand même des petites choses à faire et en particulier de bons gestes à connaître. Par exemple, il faut revenir à des gestes simples, comme celui d'aérer son intérieur quotidiennement. De la même façon, mieux vaut éviter de trop chauffer son intérieur pour limiter les acariens, plutôt que d'investir dans des produits dits anti-acariens qui dans la majorité des cas ne sont pas efficaces. Je conseille aussi de limiter l'utilisation des produits polluants, de choisir des plantes peu allergisantes et d'éviter de fumer car le tabagisme (passif ou actif) contribue à l'apparition des allergies.

"Il existe encore trop d'idées reçues du côté des médecins à cause du manque de formation."

Au-delà de ça, il faudrait une vraie prise de conscience des médecins et des pouvoirs publics. En effet, les allergies sont actuellement sous-diagnostiquées. D'abord, parce que les patients considèrent que leurs allergies ne sont finalement pas très graves. Pourtant, si elles ne provoquent "que" des symptômes de banale rhinite, elles sont réellement handicapante au quotidien, source de fatigue, et surtout il faut savoir que plus de 40 % d'entre elles évoluent en asthme ! Par ailleurs, il existe encore trop d'idées reçues du côté des médecins à cause du manque d'informations et de formation. Par exemple, certains d'entre eux pensent que la désensibilisation n'est pas efficace. Dans la réalité, ce n'est certes pas une solution miracle mais c'est un traitement qui améliore l'état des patients et qui évite surtout que l'allergie ne s'aggrave ou pire, qu'elle évolue en asthme.   

Le documentaire Allergies planétaires : à qui la faute ?, sera diffusé sur France 5 le samedi 19 juillet à 19 h. 

 

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