E-cigarette : pourquoi l'OMS veut la réglementer ?

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d'interdire la vente des cigarettes électroniques aux mineurs et leur usage dans les lieux publics fermés.

E-cigarette : pourquoi l'OMS veut la réglementer ?
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Un "danger grave" pour l'adolescent et le foetus. C'est en ces termes que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié hier la cigarette électronique. "L'e-cigarette présente un danger pour la santé publique" qui "requiert une attention urgente", a ainsi détaillé aux médias le directeur du département Prévention des Maladies Non Transmissibles à l'OMS, Douglas Bettcher.

Que reproche l'OMS à la cigarette électronique ? En premier lieu, c'est le manque de preuves quant à l'efficacité de la cigarette électronique pour arrêter de fumer qui préoccupe l'organisation. En outre, les produits présents dans les e-cigarettes, en particulier la nicotine, ne seraient pas sans danger. "Les données existantes montrent que l'aérosol produit par les inhalateurs électroniques de nicotine n'est pas simplement de la vapeur d'eau comme le prétendent souvent les stratégies de marketing de ces produits", a expliqué l'OMS dans un rapport détaillant une très longue liste de recommandations aux gouvernements. Le principal composant de l'aérosol, outre la nicotine lorsque celle-ci est présente, est le propylène glycol. Aussi, l'OMS demande d'interdire aux fabricants d'affirmer que ces produits sont "des aides au sevrage tabagique" jusqu'à ce qu'ils fournissent des données scientifiques probantes et obtiennent une approbation réglementaire.

Autre élément pointé du doigt par les experts de l'OMS : les cigarettes électroniques présenteraient un danger grave pour l'adolescent et le fœtus, en particulier à long terme sur le développement du cerveau. C'est pourquoi l'OMS recommande d'interdire la vente de ces produits aux mineurs, d'éliminer les distributeurs automatiques et d'interdire l'utilisation des cigarettes électroniques dans les lieux publics fermés où il est interdit de fumer. Du moins, "jusqu'à ce qu'il soit prouvé que la vapeur exhalée n'est pas nocive pour les tiers". Rappelons que l'interdiction de la vente des e-cigarettes aux mineurs a déjà été votée en France par l'Assemblée nationale. Quant à son interdiction dans les lieux publics, Marisol Touraine approuve et devrait annoncer une proposition dans ce sens lors de la présentation du programme national de réduction du tabagisme. 

Méfiance avec les e-cigarettes aux arômes. Des arômes de fruits aux arômes de bonbons en passant par ceux des boissons alcoolisées, il existe aujourd'hui selon l'OMS près de 8 000 arômes. C'est un point critiqué à moult reprises par les autorités de santé publique qui estiment que ces diverses saveurs risquent d'attirer les jeunes utilisateurs, créant ainsi une passerelle vers le tabagisme. Un moyen marketing en quelque sorte pour attirer les jeunes. Là encore, l'OMS prône une interdiction des inhalateurs aromatisés jusqu'à ce que des données scientifiques montrent qu'elles n'exercent pas d'attrait sur les mineurs. Rappelons que selon l'enquête indépendante de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), les 15-34 ans, qui sont les plus nombreux à expérimenter la cigarette électronique sont aussi les moins nombreux à en faire une habitude régulière. Séduits par l'effet de mode, ils se contenteraient donc de tester. Au contraire, c'est après 35 ans que les personnes semblent plus enclines à "adopter" la cigarette électronique après l'avoir essayée. En particulier, les plus de 50 ans, sans doute davantage engagés dans une démarche de sevrage, sont en proportion plus nombreux à utiliser l'e-cigarette au quotidien.

Encore trop d'incertitudes pour les fumeurs. Véritable aide au sevrage pour certains, il n'empêche que la e-cigarette n'en finit pas de faire débat. De nombreux experts en santé encouragent son utilisation, arguant que la cigarette électronique ne sera jamais aussi nocive que le tabac, qui tue un fumeur sur deux d'une maladie liée au tabagisme. Pourtant du côté des autorités de santé publique, on a du mal à trancher. Hier, l'OMS, qui jusque à maintenant a toujours déconseillé son utilisation, semble définitivement avoir choisi son camp, expliquant ne pas savoir si son utilisation par des fumeurs réguliers en remplacement des cigarettes avait des chances d'être moins toxique pour le fumeur que les cigarettes classiques.

L'OMS estime qu'en 2014, il existe désormais 466 marques et que l'utilisation de e-cigarette a au moins doublé chez les adultes comme chez les adolescents entre 2008 et 2012. Les ventes devraient être multipliées dans le monde par 17 d'ici à 2030.

En vidéo : réactions dans un café à e-cigarettes londonien.

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