Détecter et comprendre l'anorexie Témoignages : ils ont surmonté l'anorexie

A un moment de leur vie, ils ont quasiment cessé de s'alimenter. Raison clairement identifiée ou non, ils racontent leur parcours et comment ils sont parvenus à remonter la pente.

Matthieu : "Pour commencer, je tiens à préciser que je suis un homme. Il paraît que cette maladie est très rare chez les hommes... Je suis devenu anorexique l'année de mes 18 ans (1999). Cela coïncide avec mon entrée en classe préparatoire aux grandes écoles. Je suis un garçon très perfectionniste et même si j'ai toujours bien réussi, je me suis toujours mis une pression supplémentaire pour faire mieux, me dépasser. A ceci, s'ajoute un mal-être bien plus profond remontant à l'enfance, une maturité arrivée trop tôt. J'ai été très tôt indépendant (10 ans) du fait de l'activité de mes parents (agriculteurs) et de ma réussite scolaire. Et un caractère solitaire indépendant.

Durant un peu plus d'un an, je n'ai pris que 2 ou 3 repas par semaine, qui se constituaient de pain, de fromage blanc nature, de compote de fruits et de fruits en général.
Je dormais 4 à 5 heures par nuit et me maintenait dans une hyper activité cérébrale constante. Je souhaitais devenir un pur esprit, l'euphorie de cet état étant tout à fait grisant. Mon corps me dégoûtait et je voulais m'en débarrasser. J'affirmais à l'époque être végétarien pour avoir une raison de manger moins. Ma vie d'interne au lycée me donnait également une grande liberté quant à mes non-repas. J'ai fini par ne peser qu'à peine 60 kg pour 1,90 m...J'avais à l'époque une petite amie aimante qui me faisait du bien à l'âme. J'écrivais également beaucoup de textes noirs pour évacuer le trop plein de pensées sinistres qui me hantaient.
La musique et l'amour de cette demoiselle m'ont un peu sorti de cet état. Mais c'est surtout le fait d'avoir arrêté ces études qui m'ont sauvé. Car si j'avais persisté, j'aurais persisté à me détruire, car c'était réellement une volonté de destruction au final. Mon amie, avec qui je me suis installé, s'occupait de moi de ce côté et, progressivement, je suis revenu à un poids normal (75 kg). Dix ans plus tard, je suis guéri. Je m'alimente normalement, 3 fois par jour. J'ai gardé mon poids de forme, 75 kg."

Mélanie : "Je suis devenue anorexique car je me trouvais trop grosse. J'avais un surpoids que je ne supportais pas. J'ai fait des régimes dont un qui a particulièrement réussi, mais je n'ai pas su stabiliser car j'avais un comportement de grande gourmande. Je voulais rentrer dans le moule de la fille parfaite, alors que ça n'existe pas... Je voulais être belle et surtout... Plaire. Car je n'ai jamais plu. Je n'étais pas belle car j'étais grosse.

Quand je devais manger le soir, je disais que j'avais bien mangé à midi, que je voulais des légumes et quand ma mère me forçait à manger des féculents ou de la viande, je montais dans ma chambre tout cracher dans un mouchoir et le cacher dans la poubelle. Le pire c'est que ça me plaisait, j'étais heureuse de voir que j'avais le contrôle, que je pouvais maîtriser ma faim, mes menus. Et je forçais beaucoup les autres à manger, ça me donnait du plaisir de voir les autres manger et pas moi. J'étais si stupide...

Ma mère a toujours été là. Autre déclencheur (de la guérison), ma fratrie. C'est vrai que ma mère m'a énormément aidée mais ses efforts n'étaient pas du tout suffisants. C'est mon frère, ma belle soeur, ma soeur et mon frère qui m'ont aidée grâce à leurs paroles et à mon image. Ils m'ont prise en photo... Révélation... C'était affreux, je suis affreuse. Ca m'ouvre les yeux. Je veux guérir! Je veux m'en sortir!

Ca fait 1 mois que je fais énormément d'efforts, mon poids et de 44,5 - 44. Je n'ai pas encore pris de poids, je suis en pleine période pour vouloir aller mieux. Je veux que tout ça cesse, j'en ai marre, ce n'est pas une vie. C'est tout sauf une vie. J'aimerais ne plus contrôler la nourriture, j'aimerais être plus libre. Des séquelles, je n'en ai pas vraiment, non, heureusement. Aujourd'hui, j'essaie de m'alimenter correctement et de m'autoriser des écarts. Ce soir j'ai mangé une part de brioche et un chocolat... Ce sont les premiers moments de gourmandises que je m'offre sans penser "contrôle"..."

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