La question de l'hospitalisation fait débat parmi les spécialistes de l'anorexie. La plupart s'accordent à dire qu'elle peut s'avérer indispensable lorsque la survie de la personne malade est en danger. Pour un indice de masse corporelle inférieur à 12,5, ce peut être le cas : une chute du potassium peut provoquer à tout moment un arrêt cardiaque. Se trouver à ce moment-là dans un milieu médicalisé peut donc être un gage de survie.
Franck Senninger serait plutôt partisan de brandir la "menace" de l'hospitalisation pour faire avancer la jeune fille sur le chemin de la guérison. "Cela marche souvent bien. Ensuite, l'hospitalisation n'est pas forcément adaptée à tout le monde. Il y a en outre différentes méthodes, selon les services. Mais je dirais que globalement, beaucoup de progrès ont été faits ces dernières années. L'hospitalisation est aujourd'hui beaucoup plus humaine. Les malades peuvent suivre des cours d'art thérapie, faire de la relaxation, etc. Tout est réellement mis en œuvre pour qu'elles se sentent mieux."
La jeune femme est en revanche d'accord pour dire qu'un changement de milieu peut être salvateur. "Juste après mon bac, je suis partie étudier à Paris, où j'ai dû m'assumer toute seule. J'ai entamé un cursus (Sciences po) où tout le monde était plus vieux et plus instruit que moi. Tous ces éléments ont fait que je n'avais plus de temps à consacrer à l'anorexie."
Franck Senninger et Jessica Nelson s'entendent en revanche pour dire qu'un suivi à la fois médical et psychologique est quasiment indispensable pour bien s'en sortir. "J'ai eu la chance de tomber sur une psychologue géniale, qui a eu une attitude parfaite, je lui dois beaucoup", confirme la jeune femme. Pour le Dr Senninger, le médecin doit, pour les adolescentes, prendre plus ou moins la place de la figure paternelle absente. "Il faut qu'elle ait confiance en son médecin mais aussi qu'elle sente qu'il a autorité sur elle", explique le nutritionniste.