Consomme-t-on réellement trop d'antidépresseurs en France ? "S'il n'y a pas dépression, les antidépresseurs ne sècheront pas les larmes"

L'avis et les impressions de Bertrand Gilot, psychiatre, sur le problème de la surconsommation d'antidépresseurs en France :

"Quand on traverse un moment difficile, ça n'est pas parce que l'on pleure que c'est grave. S'il n'y a pas de dépression, les antidépresseurs ne sècheront pas les larmes.

Ainsi, lorsqu'ils viennent en consultation, il faut laisser les patients raconter leurs problèmes. Puis, pour avancer vers un diagnostic, nous leur posons des questions. Mais le plus important à mon sens, est d'établir dès le départ une stratégie bien établie. Pour ma part, je propose aux patients souffrant de dépression de les revoir une semaine après la première consultation au cours de laquelle je ne leur aurai rien prescrit. Cette première rencontre permet aux patients de déposer leur souffrance et ce délai peut leur permettre de se reprendre. Cette latence est particulièrement profitable aux personnes ne souffrant pas de dépression car le simple fait de mettre des mots sur leurs souffrances suffit parfois à les en soulager.

La séance suivante permet de se libérer.

Deux cas se présentent :

 Si le patient va mieux, je vais l'orienter vers une psychothérapie parce que ses problèmes sont toujours là et qu'il faut y apporter une solution. Qui n'est donc pas médicamenteuse.

 Si les symptômes sont toujours là, cette latence aura permis d'affiner le diagnostic et de ne pas se tromper.

 

Pas assez de psychiatres

Nous, psychiatres,  sommes très peu nombreux en France et, de plus, certaines régions en sont pratiquement dépourvues alors que d'autres, comme l'Ile-de-France, n'en manquent pas. Là aussi existe, il un réel problème.

Par ailleurs, il faut avouer qu'il y a un manque de communication évident entre les médecins généralistes et les psychiatres. Et là, force est de constater que ce sont les psychiatres qui pêchent par manque de temps...

 

Mais le véritable problème, à mon sens, se situe au niveau de la formation des médecins généralistes sur le diagnostic et sur une mauvaise information quant à la dépression et ses traitements. La fragilité de la formation initiale des médecins généralistes face aux urgences psychiatriques les rendent vulnérables. 

Le problème est donc structurel et, pour remédier à la situation, il est primordial que les pouvoirs publics s'y intéressent afin de la faire évoluer.

 

L'idée d'une formation continue des médecins est une piste intéressante. Le problème est que même s'il y a un affichage de volonté de la part des pouvoirs publics, rien n'est fait pour que les choses avancent dans ce sens.

Par contre, les laboratoires pharmaceutiques, eux, en assurent souvent mais le problème est que l'enseignement n'est pas neutre dans ces cas-là. Ils ne relâchent pas la pression sur les médecins, avec toujours plus de visiteurs médicaux.

Il faut tenter de redonner au médecin généraliste un rôle de soutien psychologique actif et favoriser la délégation des tâches dites minimes (vaccinations, prises de tensions, etc.) pour pouvoir lui dégager du temps pour cette écoute. Il faut absolument qu'ils disposent de solutions rationnelles pour soigner les patients. Ils sont démunis la plupart du temps, ils ont besoin d'aide.

 

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