Consomme-t-on réellement trop d'antidépresseurs en France ? Que sont vraiment les antidépresseurs ?

Ils font la une des journaux, ils sont conspués ou adulés, ils sont souvent source d'incompréhension. Les antidépresseurs ont du moins le mérite de faire parler d'eux. Chaque année, depuis plus de 10 ans, il nous est rappelé que la consommation des psychotropes ne cesse d'augmenter en France. Et en 2008, plus d'un Français sur cinq (21,4%) en a usé au cours des douze derniers mois.[1] Contre 15,5 % des Espagnols, 13,2% des Belges, 5,9 % des Allemands ? Que faut-il en déduire ? Que les Français sont plus dépressifs que leur voisins européens ? Que le recours à une solution médicalisée devient trop systématique ? Que la prise en charge psychologique est peu efficiente ? Avant de tenter de trouver des éléments de réponse, il faut d'abord s'attacher à comprendre ce que sont les antidépresseurs et ce à quoi ils servent.

"Les antidépresseurs (AD) sont des médicaments symptomatiques, qui agissent donc sur les symptômes, et non sur la cause, de la dépression, précise Bertrand Gilot, psychiatre et auteur de l'ouvrage "Antidépresseurs : faut-il en prendre ou pas ?". Avant de prescrire, il faut être sûr que le patient est bel et bien dépressif."

 

Les premiers dans les années 1950

Les antidépresseurs regroupent plusieurs classes de médicaments, comportant plus ou moins d'effets secondaires, agissant sur des mécanismes différents.

  Retour dans le passé : les premiers antidépresseurs apparaissent dans les années 1950, ce sont les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO). La monoamine oxydase a pour principal effet de détruire la sérotonine (neurotransmetteur responsable, entre autres, de l'humeur). Un inhibiteur de la monoamine oxydase va donc aboutir à l'augmentation de la sérotonine entre les neurones. "Ils sont très efficaces mais comportent de nombreux effets secondaires indésirables et plus ou moins courants : constipation, bouche sèche, tremblements et surtout des troubles cardiovasculaires, note le psychiatre. Il était donc nécessaire de faire régulièrement des bilans de santé pour les personnes auxquelles étaient prescrits ces médicaments." Cette classe d'antidépresseurs n'est pratiquement plus utilisée de nos jours, si ce n'est pour soigner les formes très sévères de dépression.

 Puis, dans les années 1960 apparaissent les tricycliques, qui augmentent la transmission de la noradrénaline (autre neurotransmetteur responsable, entre autres, de l'humeur) entre les cellules nerveuses.

 Enfin, dans les années 1980, ce sont les inhibiteurs sélectifs de la recapture de sérotonine (ISRS) qui sortent des laboratoires. Le Prozac®, surnommé pilule du bonheur, en est le représentant le plus célèbre. Ces AD comportent peu d'effets indésirables. Comme leur nom l'indique, ils ont une action très ciblée : ils diminuent la recapture de la sérotonine afin qu'une plus grande quantité soit transmise entre les neurones. Ce sont les plus prescrits aujourd'hui.



[1] Source : Bulletin épidémiologique Hebdomadaire, 23/09/2008

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