Consomme-t-on réellement trop d'antidépresseurs en France ? "Il faudrait des réseaux de soins coordonnés"

 Xavier Briffault nous livre ses impressions sur d'éventuelles solutions pour une meilleure prise en charge des troubles psychiatriques en France.

"Faut-il rappeler que la prévalence de la dépression est plus élevée en France qu'ailleurs en Europe ? Pourquoi ? On ne le sait pas vraiment. Par ailleurs, on remarque que dans d'autres pays, les pratiques des médecins font que la consommation des antidépresseurs est moindre. En effet, en cas de dépression, les patients se dirigent plus volontiers vers des psychothérapeutes, des psychologues... En France, les personnes qui consultent un psychologue sont peu nombreuses. En cas de troubles, même psychiques, elles se tournent plus volontiers vers un médecin généraliste.

Et donc, les antidépresseurs sont la seule arme thérapeutique que les médecins généralistes ont à leur disposition. Ainsi, parmi les recommandations de bonnes pratiques émises par la Haute autorité de santé figure celle de revoir les patients, pour assurer un véritable suivi.

Les médecins généralistes n'ont pas le temps

Mais les médecins généralistes n'ont ni le temps, ni les moyens techniques de le faire. Il faudrait des réseaux de soins plus coordonnés. C'est vraiment dommage car on dispose d'une pluralité de moyens thérapeutiques mais on a à faire face à une pauvreté de la mise en œuvre. Il faudrait leur fournir les moyens de gérer les différentes situations.

 

Nous devons faire face à la problématique de la prise en considération de la dépression, du harcèlement moral, de la dégradation des conditions de travail. Et pour cela, il est nécessaire que les médecins du travail soient mieux formés pour détecter les troubles psychiques. Il faut absolument créer des méthodes de gestion du travail, de gestion du stress. Cela passe aussi par une amélioration de la formation des managers et cela dès la formation en école.

 

Mieux informer le grand public

Autre piste intéressante : intégrer une sensibilisation à la santé mentale dans les formations où passent beaucoup de personnes concernées par la santé. Par exemple lors de formations pour les brevets de secouristes, les aides-soignants dans les maisons de retraite, les paramédicaux. Pourquoi pas aussi intégrer une sensibilisation dans les programmes scolaires, les formations au management.... Et surtout, il faudrait que tout le monde puisse accéder à une information plus sophistiquée et plus compréhensible à la fois. Beaucoup de problèmes proviennent du simplisme des messages médiatiques. Il y a un effort d'éducation à faire sur le grand public. On ne peut pas agir dans des situations complexes et subtiles avec des concepts et des solutions à l'emporte-pièce.

 

Enfin, certains, et même parmi les professionnels, soutiennent que gens sont des "pleureuses", qu'ils sont faibles et qu'ils vont consulter leur médecin pour un oui ou un non, ou simplement pour " améliorer leurs performances "... Il faut mettre un terme à ce discours, ainsi qu'aux discours qui affirment qu'il y aurait une épidémie galopante de dépression. Je cite l'exemple de Philippe Pignarre qui affirme dans "Comment la dépression est devenue une épidémie ?", que le nombre de cas aurait été multiplié par 7 en dix ans. C'est archi-faux. Les prévalences de la dépression n'ont guère changé en France depuis 20 ans qu'on a des études stables sur le sujet. Bien sûr tout le monde connaît des moments de tristesse mais 80 % de la population ne fera jamais de dépression. Pour les 20 % restants, il ne faut pas négliger les conséquences parfois dramatiques de la dépression qui sont loin de n'être que de simples lamentations. Certains patients passent parfois plusieurs années en arrêt maladie, ils restent alités, se coupent du monde. Il faut prendre au sérieux les dépressifs et arrêter de les déconsidérer."

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