Consomme-t-on réellement trop d'antidépresseurs en France ? Existe-il un risque de dépendance ?

Ils rendent dépendants, ils comportent de nombreux effets secondaires, ils permettent de guérir tous les maux de l'esprit... De nombreuses idées reçues circulent à propos de ces médicaments à part entière. "La rumeur clinique veut que les antidépresseurs (AD de nouvelle génération, les ISRS, soient moins efficaces que ceux de première génération mais qu'ils comportent également moins d'effets secondaires, confirme Xavier Briffault, chercheur en santé mentale au CNRS et acteur de la campagne sur la dépression lancée en 2007 par l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (Inpes). Parmi les effets secondaires à court terme des ISRS, on retrouve des troubles du poids (souvent une prise de poids), de la libido, digestifs (nausées, diarrhées, etc.) et rénaux. En particulier, il existe certains risques d'accidents neurologiques (convulsions, mouvements anormaux) et métaboliques (perturbation de la régulation de la glycémie par exemple), ces derniers pouvant provoquer des accidents hématologiques. Ces accidents sont rares mais nécessitent de prendre des précautions en amont, surtout pour certaines personnes à risque : les adolescents, les personnes âgées et les femmes enceintes."

Ils rendent dépendants ?

Autre polémique sur les antidépresseurs : il semblerait que les patients aient du mal à s'en détacher et que les traitements durent des dizaines d'années. C'est donc qu'ils rendent dépendants, non ? "Pas du tout, répond le psychiatre Bertrand Gilot. Mais le problème est que de nombreux patients pensent ne plus pouvoir s'en passer et se disent que l'arrêt d'AD équivaut nécessairement à une rechute, ce qui n'est pas le cas. Ainsi, beaucoup de patients sont terrorisés à l'idée d'arrêter le traitement un jour. Il est très important de prévenir dès le départ les patients que ça n'est pas un traitement ad vitam aeternam et qu'il va falloir l'arrêter un jour. Même après guérison, ils doivent être pris durant encore au moins 6 mois car le risque de rechute est réel en cas d'arrêt prématuré du traitement. En tout et pour tout, le traitement dure plus ou moins entre 7 et 8 mois." En quelque sorte, les patients ont du mal à envisager la vie sans ces médicaments de confort qui aident à ne plus broyer du noir...

 

Et sur le long terme ?

Pour pouvoir évaluer leur propension à rendre dépendant, il faut pouvoir évaluer les conséquences d'un traitement sur le long terme. Mais il y a un problème de taille : "On ne connaît pas vraiment leurs effets sur le long terme car on ne dispose pas d'études cliniques qui suivent des patients prenant des antidépresseurs au long cours pendant suffisamment longtemps, précise Xavier Briffault (...) Mais pour ce que l'on sait, il semble que pris sur le long terme, les antidépresseurs pourraient causer des problèmes de concentration et de mémoire à court terme. "

"Pour l'heure, il est impossible de connaître sur le long terme l'incidence d'une prise régulière de psychotropes sur de longues périodes, confirme Bertrand Gilot. Mais d'après ma propre expérience de psychiatre, j'ai pu constater que chez quelques patients, cela pouvait provoquer un certain émoussement, voire un état d'impulsivité et d'hyperactivité."

Sommaire