Ces questions psy qu'on n'ose pas poser L'érotomanie, est-ce une vraie maladie ?

 

Vous avez vu ce film, avec Audrey Tautou, "A la folie pas du tout", ou le célébrissime "Liaison fatale", où Glenn Close poursuit Michael Douglas de ses assiduités. Dans les deux cas, ces femmes sont persuadées d'être aimées d'un homme qui, pourtant, a à peine conscience d'elles. Elles interprètent ses moindres faits et gestes comme LE signe de son amour pour elles et aucune des remarques de leur entourage ne peut leur faire entendre raison.

Un peu énorme, vous dites-vous ? Des copines à l'imagination débordante, vous en avez eues. Toujours à s'imaginer que le plus beau mec du lycée courait après elles. Et à le crier sur les toits, bien-sûr. Bref, se "faire un film", ça n'est pas si grave, n'est-ce pas ?

Effectivement, faire une "fixette" sur un beau Don Juan et essayer d'interpréter ses moindres réactions pour se persuader qu'on lui plaît, c'est le propre de beaucoup d'adolescentes. Ca passe (plus ou moins, selon les cas) à l'âge adulte et, surtout, si l'on n'a pas de problème psychologique et que l'autre n'est pas intéressé, on finit par le réaliser et on passe à autre chose.

Ce n'est pas le cas de l'érotomane, qui est effectivement réellement malade. L'érotomanie figure au rang des délires paranoïaques. Elle est heureusement très rare, touche le plus souvent des femmes et se découpe souvent en trois phases.

 La phase d'espoir est théoriquement la plus longue. C'est celle où la personne malade entretient son délire. Elle jette son dévolu sur une personne d'un rang social plus élevé. Cela peut être une personne de son entourage mais aussi, tout bêtement, un présentateur télé, un acteur... Elle va s'imaginer que chacun de ses gestes, chacune de ses petites phrases est un message qu'il lui envoie, que s'il ne vient pas directement la chercher, c'est qu'il n'en a pas la possibilité, pour X ou X raison. Elle va tenter d'en convaincre son entourage, qui ne pourra jamais lui faire entendre raison : au début elle ne prête pas attention à ses remarques mais peut, à la longue, finir par devenir agressive quand on aborde le "sujet". De toute façon, plus rien d'autre n'a d'importance que Lui.

"Cette maladie doit être prise au sérieux"

 La phase de dépit se caractérise par le fait que la personne malade voit ses attentes déçues : l'objet de son amour lui envoie des signes négatifs, ce qui entraîne une dépression de la part de l'érotomane. Elle peut d'ailleurs attenter à sa vie.

 Durant la phase de rancune, elle se met à détester l'autre de l'avoir déçue. Elle peut alors s'en prendre à lui et le danger de mort est réellement à prendre en compte, alors même que la personne concernée n'est pas consciente d'avoir suscité de tels sentiments. Mais le plus souvent la malade s'en prendra à elle-même en premier lieu.

On ne connaît pas bien les causes de l'érotomanie, même si certains experts évoquent un manque affectif durant l'enfance. Mais il s'agit assurément d'une maladie à prendre très au sérieux, toute la difficulté consistant à la détecter à temps et à faire accepter au malade l'idée de se faire soigner. Le traitement est souvent très long et difficile à mettre en œuvre. Il peut nécessiter un internement et la prise de psychotropes, voire des séances d'électrochocs.

 

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