Cigarette électronique : "une alliée pour sortir du tabagisme, pas une porte d'entrée vers le tabac"

Apparue en France en 2010, la cigarette électronique connait aujourd'hui un engouement certain. 10 millions de Français l'ont essayée. Que sait-on de ce produit ? Le point avec le Pr Bertrand Dautzenberg.

Cigarette électronique : "une alliée pour sortir du tabagisme, pas une porte d'entrée vers le tabac"
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La cigarette électronique est née en Chine au début des années 2000. L'idée vient d'un pharmacien chinois, Hon Lik, bien décidé à aider son père devenu totalement dépendant au tabac. Le produit est introduit sur le marché chinois en 2004 comme une aide au tabac et commence à être exporté en 2005. Entre 2007 et 2010, les produits s'améliorent rapidement. Aujourd'hui, les boutiques spécialisées poussent comme des champignons. Certains en prévoient même jusqu'à 30 000 en France, soit autant que les bureaux de tabac ou les pharmacies. Conséquence directe : les ventes de cigarettes ont chuté de 7 % en 2013. "C'est la première fois qu'on enregistre une baisse aussi importante de la vente des cigarettes. Dans le même temps, on observe une baisse de la vente des substituts nicotiniques et des produits d'arrêt. Il n'y a aucune autre explication possible", affirme le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière et président de l'Office Français de prévention du Tabagisme (OFT). 

Phénomène récent. Si on sait encore peu de choses sur ses effets à long terme, on en sait aujourd'hui un peu plus sur le profil des vapoteurs en France. Aujourd'hui, près de 10 millions de personnes ont déjà expérimenté la cigarette électronique en France, apprend-on par l'enquête Etincel, réalisée par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). Il s'agit dans 67 % des cas de fumeurs de tabac, qui s'en servent majoritairement pour arrêter ou réduire leur consommation et qui alternent entre e-cigarette et tabac. "Reste que parmi ceux qui essaient la cigarette électronique, un grand nombre ne sont pas séduits : seulement un tiers de ceux qui l'ont essayé vont en faire usage au final, précise le Professeur Dautzenberg. Il est possible qu'ils n'aient pas pu ou su trouver le produit qui leur plaisait. Car passer avec succès de la cigarette à l'e-cigarette nécessite que le fumeur y prenne plaisir." De plus, selon l'enquête Etincel, les trois quarts des vapoteurs ont commencé à l'utiliser il y a moins de six mois, lorsque le rapport d'experts de l'OFT a été remis au ministère de la Santé. "Il s'agit donc d'une photographie à un instant t, il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions et il faudra suivre son évolution", précise encore le Pr Dautzenberg. 

Conseillée par les médecins. "Chez les fumeurs dépendants, le remplacement du tabac par l'e-cigarette devrait en théorie contribuer à la réduction des risques et des dommages", pouvait-on lire dans le rapport de l'OFT dévoilé en mai 2013. "Quand on sait qu'un fumeur sur deux meurt d'une maladie directement liée à son tabagisme, il est évident que même si la cigarette électronique est un peu irritante pour les bronches, elle ne sera jamais aussi nocive que le tabac ! C'est clairement une alliée pour sortir du tabagisme", confirme le Pr Dautzenberg. De son côté, la Haute autorité de santé, qui a récemment publié une mise à jour de ses recommandations sur le sevrage tabagique, n'a pas tranché. Elle ne la déconseille pas du fait que sa toxicité reste beaucoup moins forte que celle de la cigarette. Mais elle ne la recommande pas non plus, au regard du manque de recul quant à son efficacité et son innocuité. 

La cigarette électronique ne sera jamais 100 % saine. "Début 2013, moins de 100 publications scientifiques avaient abordé le sujet [...] Depuis, les connaissances sur l'e-cigarette explosent, elles ont plus que doublé en un an. Mais la synthèse des certitudes et des doutes, faire la part des choses, n'est pas tâche facile dans un monde où le passage de la certitude au doute et du doute à la certitude est si rapide", écrit le Pr Dautzenberg dans son livre L'e-cigarette pour en finir avec le tabac ?, sorti le 26 février (Ixelles éditions, 222 pages, 9,90 euros). Tout en rappelant que, quand même, "l'e-cigarette peut sauver des vies, des milliers, ou plus probablement des centaines de milliers de vie". Aujourd'hui, les e-cigarettes sont de meilleure qualité. "Nous n'avons rien de neuf sur son éventuelle toxicité mais il n'y a rien d'inquiétant", nous explique-t-il. Seul bémol, le flacon d'e-liquide n'est pas à mettre entre toutes les mains. En raison de sa toxicité, il existe en effet un risque d'intoxication, voire de décès, en cas d'absorption accidentelle du contenu du flacon. A écarter des enfants donc.

Incitative, la cigarette électronique ? "Tous les vapoteurs réguliers sont ou ont été fumeurs", note l'enquête Etincel. "Aujourd'hui, la cigarette apparaît clairement comme un moyen pour sortir du tabac, commente le Pr Dautzenberg. Il ne faut en aucun cas que ça devienne une porte d'entrée pour les non-fumeurs. La cigarette électronique a la même fonction qu'un médicament : on en prend quand on est malade, mais à l'inverse tout médicament comporte des effets secondaires graves s'il est utilisé sans raison et alors qu'on est en parfaite santé. Il ne s'agit pas de vapoter pour le plaisir, sinon ça devient dangereux." Toujours selon l'enquête, un jeune sur dix qui expérimente la cigarette électronique n'a jamais fumé. Est-ce que ça pourrait les encourager à fumer du tabac par la suite ? Peut-être ou peut-être pas, impossible de le dire aujourd'hui selon le Pr Dautzenberg, qui rappelle quand même que "lorsque Reynolds a racheté une compagnie de cigarette électronique, son président, a expliqué, face à la camera, qu'il l'achetait non pas pour que les fumeurs deviennent des vapoteurs mais pour recruter des nouveaux consommateurs".

En vidéo : les recommandations de la HAS

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