Cigarette électronique : ce qu'il faut savoir E-cigarette : "pas nocive pour les fumeurs, mais incitative pour les non-fumeurs"

pr bertrand dautzenberg, président de l'office français de prévention du
Pr Bertrand Dautzenberg, Président de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT). © DR

Le professeur Bertrand Dautzenberg est praticien hospitalier dans le service de pneumologie du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière et professeur de pneumologie à l'université Pierre et Marie Curie/Paris VI. Il nous éclaire sur l'usage et la législation de la cigarette électronique, suite à la remise au gouvernement du rapport sur l'e-cigarette de l'Office français de prévention du tabagisme, qu'il préside.

Est-ce que la cigarette électronique est selon vous un bon substitut au tabac ?
Pr Dautzenberg
 : Effectivement, ça peut être une aide intéressante, même si les cigarettes électroniques ne bénéficient pas des mêmes évaluations scientifiques que les substituts nicotiniques étant donné que l'on dispose de peu de recul sur leur utilisation. Globalement, il est trop tôt pour pouvoir se prononcer. On ne peut donc pas les conseiller, mais on ne peut pas les déconseiller non plus. Quand on sait qu'un fumeur sur deux meurt d'une maladie directement liée à son tabagisme, il est évident que même si la cigarette électronique est un peu irritante pour les bronches, elle ne sera jamais aussi nocive que le tabac !

Quels sont les profils de fumeurs qui en font usage ?
Pr Dautzenberg : Actuellement, on peut observer deux grands types de comportements chez les fumeurs. D'un côté, ceux qui souhaitent arrêter de fumer naturellement et de l'autre des fumeurs qui ne sont pas du tout dans une démarche de sevrage mais qui sont séduits par l'idée d'expérimenter un nouveau produit.  Ce qui est séduisant, c'est que la e-cigarette apporte de la nicotine mais tout en étant moins toxique que le tabac (pas de CO, pas de particules, etc.). En quelque sorte, c'est une façon plus propre de se droguer.

On peut assimiler la e-cigarette à une drogue propre

Que pensez-vous de leur usage chez les non-fumeurs ?
Pr Dautzenberg : Si on ne veut pas interdire totalement la cigarette électronique c'est parce qu'elle devrait en théorie contribuer à la réduction des risques et des dommages chez les fumeurs. Par contre, ce contre quoi, il est nécessaire de légiférer, c'est sur la promotion de la cigarette électronique dans les lieux publics et auprès des jeunes, qui en consomment de plus en plus d'après les dernières études. C'est cela qu'il faut interdire. D'abord parce que c'est une incitation à fumer pour les non-fumeurs. Ensuite parce que cela fait la promotion du tabagisme de manière indirecte. On propose des e-cigarettes avec des arômes variés, on éloigne les utilisateurs du goût du tabac, on leur propose un produit "plaisir", visuellement attractif, mais qui contient le plus souvent de la nicotine donc qui peut engendrer une dépendance. Et tout cela pour finalement mieux amener les non-fumeurs, et surtout les jeunes, à se rapprocher ensuite du tabac...

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