Anorexie : le point sur la loi Une maladie mentale aux lourdes conséquences

la jeune femme anorexique ne voit pas son corps tel qu'il est vraiment.
La jeune femme anorexique ne voit pas son corps tel qu'il est vraiment. © Nicoleta Eserblom - Fotolia.com

Si ses symptômes sont essentiellement physiques, l'anorexie mentale est avant tout, comment son nom l'indique, une pathologie psychique. Cette maladie touche 30 000 à 40 000 personnes en France, essentiellement des jeunes filles (9 cas sur 10). Elle débute dans la plupart des cas soit à l'adolescence, vers 12-13 ans, soit au début de l'âge adulte, plutôt vers 18 ans.  

Symptômes criants

L'anorexie se manifeste par une obsession du poids et de la minceur qui conduit sa victime à s'alimenter de moins en moins, voire plus du tout, et à maigrir de façon excessive. Prendre un repas devient un vrai problème et la fait culpabiliser. Toute la vie de la jeune femme tourne autour de la perte de poids, du nombre de calories avalées ou dépensées, de l'image que semble renvoyer le miroir.  

Des experts ont défini un certain nombre de critères objectifs pour établir ce difficile diagnostic. On parle d'anorexie lorsque la patiente :

 Refuse de maintenir son poids corporel au-dessus de la norme minimale (85 % du poids estimé en fonction de l'âge et de la taille).
 A une peur incontrôlable de grossir alors que le poids est inférieur à la normale.
 Ne perçoit pas son corps tel qu'il est (elle peut se "voir" grosse dans le miroir alors qu'elle est trop maigre).
 Base son estime d'elle-même essentiellement sur sa silhouette.
 Est en aménorrhée (absence de règles) depuis au moins trois cycles consécutifs.

"Il reste des séquelles psychiques"

Au quotidien, la jeune femme ne s'alimente pratiquement plus, elle est obsédée par le chiffre indiqué sur sa balance et peut se lancer des défis pour maigrir encore plus, jusqu'à devenir squelettique. Parfois, elle se cache et peut faire semblant de liquider son assiette, pour que la famille ne s'inquiète pas, du moins dans un premier temps. D'autres fois, elle mange vraiment pour aller ensuite se faire vomir aux toilettes : c'est l'anorexie-boulimie. Ces symptômes sont également souvent accompagnés d'un repli sur soi important et de troubles dépressifs. De même, les jeunes filles anorexiques peuvent manifester une certaine hyperactivité, qui pourra notamment se traduire par des séances de sport fréquentes et intensives, toujours dans le but d'affiner encore leur silhouette.

Des causes multiples

Les facteurs déclencheurs de l'anorexie sont multiples mais parfois difficiles à identifier parce que très imbriqués les uns dans les autres. 

 Toutefois, il semble exister de nombreuses similitudes du point de vue de la personnalité des jeunes femmes anorexiques : elles sont souvent décrites comme très brillantes, particulièrement perfectionnistes et exigeantes avec elles-mêmes.
 Beaucoup d'entre elles décrivent un sentiment de culpabilité. Si son origine est diverse, il se manifeste en revanche de la même façon chez toutes les anorexiques : elles se sentent coupables de manger. Sentiment qui se renforce au fur et à mesure qu'elles maigrissent.
 Les relations avec les parents et les proches sont souvent évoquées comme une cause possible de l'anorexie, même si c'est souvent difficile à prouver et à expliquer.
 La difficulté à accepter un corps de femme et son aspect sexué est également clairement en cause dans ce trouble mental.
 Le monde de la mode, aujourd'hui pointé du doigt, impose la maigreur comme canon de beauté, influençant potentiellement les jeunes filles. S'il y a des risques pour que cette influence déclenche un désir de régime et d'amaigrissement chez les jeunes filles, elle ne peut à elle toute seule déclencher une anorexie mentale.

L'anorexie entraîne des troubles physiques graves, voire mortels : après 10 ans d'évolution de la maladie, environ 10 % des malades n'auront pas survécu. Sans en arriver là, dès la perte de poids massive, de nombreuses carences apparaissent, qui peuvent entraîner hypotension, bradycardie (rythme cardiaque trop bas), hypercholestérolémie, ostéoporose, troubles ioniques, lithiases rénales, constipation, absence de règles, œdèmes... Une chute brusque du potassium risque à tout moment de provoquer un arrêt cardiaque.

Pas de traitement spécifique

Il est toutefois possible de guérir de l'anorexie, même si l'on en sort rarement indemne. "C'est l'un des troubles alimentaires les plus compliqués à soigner, souligne le nutritionniste Jean-Michel Cohen et directeur de la clinique Montevideo spécialisée dans les addictions alimentaires, à Boulogne. Parfois, il n'y a pas de perméabilité, on ne parvient pas à les toucher, elles sont figées dans leur anorexie et l'on ne peut rien faire. On n'a alors que deux possibilités : si la personne est en danger, on peut alors procéder à un gavage "de force", mais ce n'est jamais souhaitable, ou la faire sortir de la clinique."

La clé de la guérison, c'est le déclic qui va permettre à la jeune fille malade de se rendre compte de son état et, surtout, de vouloir s'en sortir. S'ensuivra un long processus, "en marches d'escalier, avec des paliers, explique le Dr Cohen. Peu à peu la jeune femme accepte de se réalimenter et de reprendre du poids, ce qui entraîne une reprise de l'activité physique et psychique. Mais pour que cela soit durable, il faut qu'il y ait des changements dans leur vie. Si elles retournent à leur existence d'avant, sans rien modifier, la maladie risque de perdurer." La reprise de l'alimentation doit être couplée avec un suivi psychologique, primordial pour comprendre et dépasser la maladie.

On estime qu'environ 50 % des anorexique s'en sortent sans conséquences grave, tandis 10 % à 20 % restent fragiles, que 10 % à 15 % n'en guérissent pas et que près de 10 % en meurent. Jean-Michel Cohen est un peu moins catégorique : "Au sein de notre service, je dirais que l'on guérit pratiquement toutes les jeunes filles malades depuis moins de deux ans. Entre deux et cinq ans d'anorexie, on en guérit la moitié. Au-delà, c'est très rare d'y parvenir. La maladie devient alors chronique et ces femmes survivent plus ou moins bien. Souvent, elles ont moins de carences qu'on le croit, car ce sont des expertes en matière de nutrition. Mais dans tous les cas, il reste toujours une trace, au moins psychologique, de la maladie. Les femmes ayant souffert d'anorexie ont souvent une grande force de caractère."

 

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