Baclofène : son efficacité jugée insuffisante contre l'alcoolisme

Ce médicament visant à réduire la consommation d'alcool, a été jugé "cliniquement insuffisante" par un comité d'experts, qui conclut à un rapport bénéfice/risque négatif.

Baclofène : son efficacité jugée insuffisante contre l'alcoolisme
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Prescrit comme relaxant musculaire depuis les années 1970, c'est surtout comme médicament pour lutter contre la dépendance à l'alcool que le baclofène est connu. Médiatisé à partir de 2008 via le livre Le dernier verre d'Olivier Ameisen, un cardiologue, qui y raconte comment l'administration de ce médicament lui avait permis se soigner son addiction à l'alcool. A la suite de cette expérience, plusieurs médecins avaient commencé à le prescrire de manière détournée à leurs patients. Longtemps critiqué, le baclofène a finalement été autorisé (et remboursé) en 2014 dans le cadre d'une recommandation temporaire d'utilisation (RTU). L'an dernier, le laboratoire Ethypharm a fait une demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM) afin de commercialiser ce médicament dans le traitement de l'alcoolisme. Dans ce cadre, l'Agence nationale du médicament publie un avis d'un comité d'experts chargé de l'évaluation bénéfice/risque, rendu public le 24 avril 2018. Résultat :"l'efficacité du baclofène dans la réduction de la consommation d'alcool chez les patients adultes présentant une dépendance à l'alcool et une consommation d'alcool à risque élevé, a été jugée cliniquement insuffisante", précise le rapport.

Des effets indésirables à fortes doses. Troubles psychiatriques, asthénie, troubles du système nerveux et digestifs... En plus d'être peu efficace, le baclofène présenterait aussi "un risque potentiellement accru de développer des événements indésirables graves (y compris des décès) en particulier à des doses élevées", précisent les experts, qui concluent à un "rapport bénéfice/risque négatif". Rappelons qu'en 2017, l'Agence du médicament avait déjà restreint l'utilisation du baclofène, en raison d'un risque de décès accru à haute dose.

Pourtant, deux précédentes études (Alpadir et Bacloville) avaient conclu à une diminution de la consommation d'alcool suite à la prise du médicament. Mais selon les scientifiques, ces travaux présentent des limites méthodologiques importantes, notamment en terme de statistiques, avec des abandons en cours d'études... Et par conséquent, des résultats discutables. "Parmi les autres résultats d'efficacité, aucune différence par rapport au placebo n'a pu être établie, en particulier pour l'abstinence continue après 6 mois de traitement". Néanmoins, les deux études ont permis de démontrer une amélioration (en comparaison avec le placebo) dans l'envie obsessionnelle et compulsive de boire. L'ANSM doit à présent rencontrer des scientifiques, des médecins et des associations de patients, qui seront auditionnés les 3 et 4 juillet 2018, de manière à disposer d'un éclairage global. 

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