Moi(s) sans tabac : et pourquoi pas arrêter avec l'hypnose ?

Ce mois de novembre, les fumeurs sont invités, via un défi collectif, à ne pas fumer. Mais parce que la volonté seule ne suffit pas toujours, l'hypnose peut être un soutien efficace, pour un résultat rapide. Est-ce vraiment efficace ? Pour qui ? Réponses.

Moi(s) sans tabac : et pourquoi pas arrêter avec l'hypnose ?
© Katarzyna BiaÅ‚asiewicz - 123 RF

Loin de l'hypnose "spectacle", l'hypnose médicale suscite un intérêt croissant, aussi bien auprès du grand public que des professionnels de santé. Mais ses vertus demeurent mal connues, d'autant que cette pratique est encore liée à de nombreux préjugés. En médecine, l'hypnose peut être utilisée pour prendre en charge la douleur, y compris lors d'interventions chirurgicales. Elle peut aussi être utilisée en thérapie courte. Dans ce dernier cas, il s'agit non pas de manipuler les esprits, mais d'atteindre un objectif, préalablement défini, par exemple : arrêter de fumer.

Perte de contrôle ? "Cette question de la perte de contrôle revient très souvent, c'est même la question la plus fréquente, confirme Murielle Maitre, hypnothérapeute à Paris. Alors qu'en réalité, l'hypnose aide les fumeurs à reprendre le contrôle de leur vie, c'est donc tout le contraire !" En outre, poursuit-elle, "lorsqu'elle est sous hypnose, la personne entend ce qu'il se passe et elle ne fait que ce qu'elle a envie de faire. A la fin de la séance, elle se souvient d'ailleurs d'une grande partie de la séance."  L'hypnose peut ainsi se définir par un état de conscience particulier induit par le praticien, qui n'est ni un état de veille, ni de sommeil. Retenez encore que l'hypnose consiste à apaiser le mental en le libérant des difficultés bloquantes. L'objectif étant de créer des conditions favorables à un changement de comportement, à une prise de contrôle et donc à un mieux-être.

Arrêter de fumer avec l'hypnose : du sur-mesure. La seule condition pour entrer en hypnose, c'est d'être ouvert et disponible aux suggestions. Mais concrètement, comment se déroulent les séances ? Difficile de répondre, car comme l'explique Murielle Maitre, les techniques d'hypnose sont diverses. "Chaque thérapeute a sa propre pratique. Moi-même, je m'adapte selon les profils de fumeurs, précise-t-elle. Dans ma pratique, je fais uniquement du sur-mesure, il n'y a pas de protocole universel, il s'agit d'une création unique et individuelle soutenue par une alliance thérapeutique, c'est à dire qu'il s'agit d'un travail en commun avec la personne qui souhaite arrêter de fumer."

Pourquoi choisir l'hypnose ? Est-ce qu'il existe des profils de fumeurs plus réceptifs que d'autres à l'hypnose ? Pas vraiment, selon l'hypnothérapeute. Dans son cabinet parisien, celle-ci reçoit en consultation tous types de fumeurs : "la plupart du temps, ce sont des fumeurs qui ont déjà entamé un sevrage. Ils ont testé d'autres méthodes, sans succès : l'acupuncture parfois, les patchs souvent ou encore la méthode Allen Carr. Cela n'a pas marché, mais malgré tout cela reste positif parce que cela participe au processus d'arrêt.​​​​ En choisissant l'hypnose, ils ont généralement envie d'aller vite, Même si le sevrage se fait par étapes, et qu'il est plus ou moins long selon les personnes, l'hypnose fait partie de ces thérapies brèves qui offrent cet avantage."

Quant aux motivations des fumeurs pour en finir avec la cigarette, il y a "d'un côté, les fumeurs qui sont dans l'obligation d'arrêter de fumer pour une raison médicale, ils sont dans une situation d'urgence qui ne leur laisse pas vraiment le choix" et de l'autre, "ceux qui ont une forte envie d'arrêter de fumer mais qui n'y parviennent pas seuls, car la volonté ne suffit pas toujours". D'ailleurs, poursuit Murielle Maitre, "les fumeurs pensent parfois que mettre un patch va tout régler, alors qu'il n'y a pas que la nicotine qui est addictive, il y a aussi toute la gestuelle et l'image de soi que l'on projette en société. Je reçois d'ailleurs de nombreux fumeurs qui fument avec leur patch !" 

Pourquoi ça peut marcher ? Soyons clairs, "l'hypnose n'est pas une technique miracle", assure Murielle Maitre. Néanmoins, elle favorise durablement l'arrêt du tabac. Pour y parvenir, elle propose trois séances réparties sur un mois, mais là encore tout dépend des praticiens. La première séance est découpée en deux temps : un temps de questions/réponses pour cibler les besoins du fumeur, éléments qui lui permettent de créer la séance d'hypnose dans un second temps. Au total, il faut compter environ une heure. Les séances suivantes permettent de contrôler qu'il n'y a pas de "déplacement des symptômes", c'est à dire l'apparition d'insomnies ou de grignotage par exemple. A ce propos, rassure encore la thérapeute, "les prises de poids sont fréquentes, mais modérées quand c'est le cas, pas plus de 2 kg."

Ces séances de "consolidation" servent ainsi à pallier les manques qui surviennent à l'arrêt du tabac, mais aussi à aider à contrôler les émotions. "Il est intéressant de comprendre ce qu'il y a derrière la cigarette. Parfois c'est un besoin de camoufler un stress, un vide affectif..." C'est donc un moment où le soutien est indispensable. En cela, le moi(s) sans tabac est une bonne initiative, selon l'hypnothérapeute, parce que "l'effet de groupe a un effet soutenant qui manque parfois en période de sevrage". De plus, poursuit-elle, "pour certains fumeurs, arrêter de fumer c'est comme faire un petit deuil, beaucoup de personnes pleurent parce qu'elles ont l'impression de perdre quelque chose, un ami…" Mais, pour alimenter ce soutien, les conseils factuels liés aux effets de l'arrêt sur la santé notamment ne suffisent pas. "Ce n'est pas rien de s'engager dans un tel processus de changement de vie, cela demande beaucoup de force, il faut donc appuyer sur les capacités à faire face, donc à notre part d'héroïsme."

Et après ? Difficile de savoir si l'hypnose est efficace, car en réalité, "je ne suis pas les personnes sur le long terme, souligne Murielle Maitre. En outre, explique-t-elle, je leur fais confiance, elles sont responsables et surtout je suis engagée par le code de déontologie à ne pas m'immiscer dans leur sphère privée." Néanmoins, le bouche à oreille, le fait que des personnes viennent via d'autres personnes est quand même un indice de satisfaction. Evidemment, tout fumeur qui arrête sait qu'il peut y avoir des rechutes. "Quand je termine la dernière séance, j'explique aux personnes qu'en cas de situation nouvelle, ou qui pourrait les mettre en situation de vulnérabilité, elles peuvent m'appeler pour prévoir une séance. C'est important de ne pas laisser les gens dans la nature."

Rappelons que l'hypnose est une pratique mal réglementée. Aussi, pour éviter les déconvenues, ne choisissez pas un hypnotiseur au hasard. Faites-vous recommander par votre médecin, fiez-vous au bouche-à-oreille et surtout, préférez un praticien qui possède un diplôme reconnu et, si possible, qui adhère à une charte éthique. Sachez enfin que l'hypnose n'est pas prise en charge par la Sécurité Sociale, les tarifs varient donc d'un praticien à l'autre.

Merci à Murielle Maitre, hypnothérapeute, membre du réseau Médoucine.com (site Internet qui sélectionne et valide les praticiens en médecine douce de confiance), membre du Syndicat National des Hypnothérapeutes et de la Chambre syndicale de Sophrologie.

Selon un vaste rapport de l'Inserm, publié en 2015, les études scientifique ne permettent pas de conclure au bénéfice de l'hypnose dans le cadre d'un sevrage tabagique ou d'une prise en charge psychologique pour simple raison que les données sont insuffisantes. Néanmoins, "absence de preuve ne signifie pas preuve d'absence d'efficacité", avait expliqué au Journal des Femmes, Juliette Gueguen, co-auteur de l'étude. "Nous n'avons pas d'argument pour déconseiller à quelqu'un d'entreprendre une telle démarche s'il est convaincu qu'elle lui convient. D'autant plus que côté sécurité, tous les voyants sont au vert : aucun effet indésirable grave ne paraît attribuable à l'hypnose."