Moi(s) sans tabac : prêts à relever le défi ?

Le défi collectif Moi(s) sans tabac est lancé. Pendant 30 jours, les fumeurs volontaires sont invités à ranger leur paquet de cigarettes.

Moi(s) sans tabac : prêts à relever le défi ?
© Piotr Marcinski - 123 RF

Cette initiative inédite en France, inspirée de la campagne anglo-saxonne "Stoptober", rassemble déjà 125 000 personnes. Son objectif : inciter le plus grand nombre de fumeurs à arrêter de fumer pendant le mois de novembre. Les participants s'inscrivent sur le site www.tabac-info-service.fr ou sur l'application mobile Tabac Info Service. Dans un communiqué, le ministère de la Santé assure que les appels au 39 89, le numéro d'aide à l'arrêt a déjà doublé. Dans le même temps, Marisol Touraine a annoncé tripler, dès le 1er novembre, le remboursement des substituts nicotiniques pour l'ensemble des fumeurs : le forfait annuel par fumeur passe ainsi de 50 euros à 150 euros. Les participants peuvent en outre retirer gratuitement en pharmacie un "kit d'aide à l'arrêt", composé d'un agenda avec des conseils et idées positives pour tenir 30 jours, un carnet "le stress ne passera pas par moi", avec des exercices de respiration pour combattre le stress lié à l'arrêt du tabac ou encore un disque pour calculer les économies réalisées. 

Arrêter un mois : vraiment utile ?

Le ministère de la Santé affirme qu'arrêter de fumer, même sur une petite durée, est toujours une stratégie gagnante : un mois sans tabac multiplie par 5 les chances d'arrêter de fumer définitivement ! Sachez aussi que lorsque vous allumez une cigarette, vous inhalez du mononxyde de carbone, qui prend la place de l'oxygène dans les globules rouges. Résultat, le sang est moins bien oxygéné : tous les organes sont affectés, même la peau, qui devient plus terne. Or, à l'arrêt du tabac, au bout d'une dizaine de jours, les effets sont là : votre mine est moins terne et votre teint plus rose, car les globules rouges fonctionnent de nouveau à plein régime !

La Fédération française de cardiologie rappelle aussi que :

  • 20 minutes après la dernière cigarette, la tension artérielle et le rythme cardiaque reviennent à leur niveau de base.  
  • 8 heures après la dernière cigarette : l'oxygénation des cellules se normalise et le taux de monoxyde de carbone dans le sang est divisé par 2.
  • 24 heures après la dernière cigarette, le risque d'infarctus diminue. La nicotine est éliminée de l'organisme, les poumons commencent à évacuer le mucus et les résidus de fumée.
  • 48 heures après la dernière cigarette : le goût et l'odorat s'améliorent.
  • 72 heures après la dernière cigarette : les bronches commencent à se relâcher et l'énergie augmente.
  • 2 semaines à 3 mois après la dernière cigarette : le souffle s'améliore.

J'ai peur de ne pas tenir...

Est-ce qu'arrêter de fumer du jour au lendemain par effet de groupe, alors qu'on ne s'y est pas préparé est une bonne idée ? Il faut savoir que le fumeur passe généralement par une série de phases (cycle de Prochaska et Di Clemente) : au début il ne voit pas l'intérêt d'arrêter, il est "heureux" de fumer et ne pose pas de questions. Ensuite, dans un deuxième temps, il devient plus indécis, même si la balance penche toujours du côté des bénéfices à fumer. Enfin, une fois passée cette ambivalence, il pense à arrêter et envisage les différents moyens d'y parvenir. Néanmoins, même lorsqu'un fumeur décide d'arrêter de fumer, les rechutes sont la règle. En moyenne, il y a quatre rechutes avant l'arrêt définitif, donc les fumeurs qui se remettent à fumer ne doivent pas culpabiliser ou avoir honte de leurs rechutes. Elles sont tout à fait "normales". La peur de craquer aussi. 

Certains éprouveront ainsi des difficultés à ne pas accompagner leurs cafés avec une cigarette. Pour prévenir ces moments, les substituts nicotiniques peuvent aider. Tabac Info Service conseille aussi de s'occuper l'esprit : "Changez de pièce, faites un tour, brossez-vous les dents, passez l'aspirateur, mangez un fruit, buvez un verre d'eau..."  

Tout dépend aussi du niveau de dépendance. Lorsqu'elle n'est pas très forte, arrêter du jour au lendemain peut fonctionner, même sans aide. En revanche, pour les fumeurs très dépendants physiquement ou anxieux, il est plus difficile de s'arrêter sans accompagnement. C'est la raison pour laquelle la période qui précède l'arrêt est indispensable pour anticiper les situations difficiles. Un tabacologue peut aider à mieux les appréhender, de même que les méthodes comportementales qui jouent sur les habitudes et qui permettent aux fumeurs de mieux anticiper les situation à risque. 

Arrêter à plusieurs : une bonne idée ?

Le concept est novateur. Les fumeurs sont intégrés dans un rapport participatif, qui tranche avec les méthodes traditionnelles essentiellement fondées sur l'épreuve. Mais est-ce que ça marche ? En France, c'est la première fois que l'expérience est tentée, on manque donc de recul. A l'étranger en revanche, des expériences ont déjà prouvé la force de l'effet de groupe pour arrêter de fumer.

En Grande Bretagne, l'opération Stoptober a été à l'origine de 350 000 tentatives d'arrêt du tabac supplémentaires l'année de son lancement en 2012, soit le double de celles habituellement constatées sur la même période.

En Suisse, l'expérience a été menée par un petit acteur de la prévention contre le tabagisme, le CIPRET, qui a initié avec succès le projet Facebook "J'arrête de fumer" en 2015, puis en 2016. Tous les jours, durant 6 mois, les candidats à l'arrêt pouvaient lire chaque matin des conseils pour les aider à se débarrasser de leur addiction. Mais surtout, ils formaient une communauté virtuelle où chacun pouvait partager son expérience, et obtenir du soutien de la part d'autres participants, ainsi que de spécialistes de la désaccoutumance. Selon l'expérience menée en 2015 dans le canton du Valais, sur les 1000 participants, plus de 50% étaient non fumeurs après trois mois. "Arrêter de fumer est difficile. Il est donc essentiel de pouvoir proposer aux fumeurs différents chemins pour y arriver, explique le médecin suisse Jean-Gabriel Jeannot sur son blog. La eSanté (Internet, médias sociaux) et la mSanté (applications pour smartphones) offrent en cela de nouvelles perspectives", poursuit-il. 

A l'occasion de Moi(s) sans tabac, de nombreux groupes ont été créés sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, où l'on peut d'ores et déjà lire les premiers doutes des participants : "premier jour... un peu dur... cette nuit mieux dormi... et ce matin... je respire un p'tit peu mieux !!! et vous ? ça se passe comment ? C'est mon deuxième jour sans clope et c'est plus dur que je ne le pensais, je ne craque pas mais je ne vois pas les bénéfices et j'ai pas envie de passer mes journées à me ronger les sang !!!!"

Et les encouragements : "il faut éviter d y penser... c'est un combat de quelque jours et après vous serez heureuse !!! C'est normal que ce soit dur, c'est bien, ça veut dire que la nicotine part petit à petit... c est super.. faut rester forte !"

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