Les phobies, parlons-en !

Serpents, vide, insectes ou nains de jardin… Nous avons tous une phobie ! Mais est-ce vraiment une phobie ? Et surtout, peut-on s'en débarrasser ?

Les phobies, parlons-en !
© Ion Chiosea - 123 RF

Nous avons tous peur de quelque chose. Tout comme la joie et la colère, la peur est l'une de nos émotions primaires. Elle est nécessaire à notre survie car elle nous permet de réagir face à un danger. Seulement, une peur n'est pas une phobie ! Une phobie est une peur irrationnelle sans objet. C'est à dire que la présence de l'objet de la phobie n'est pas nécessaire au déclenchement de la crise d'angoisse qui l'accompagne. Par exemple, si vous avez la phobie des chats, le simple fait de penser à un chat vous angoissera. "Une phobie est associée à une dynamique d'évitement. La personne phobique cherche ainsi à éviter l'objet de sa phobie", précise Jérôme Palazzolo, psychiatre libéral à Nice et auteur du livre "Je me libère de mes phobies", aux éditions Puf. L'évitement empêche toute confrontation avec notre phobie : changer de trottoir lorsque l'on aperçoit un chien ou un pigeon, ne pas descendre dans sa cave de peur de voir une araignée, rester chez soi lorsque l'on a peur de conduire... Toutes ces situation illustrent un évitement. Une phobie peut donc avoir un impact important sur la vie de la personne qui en souffre. Dans certains cas, elle est  un véritable handicap au quotidien. "C'est une pathologie qui nécessite une prise en charge", insiste Jérôme Palazzolo. 

Phobie d'où viens-tu ? Les origines d'une phobie peuvent en fait être diverses. Elle peut provenir de l'entourage. Par exemple, si une mère demande à son enfant de se mettre à l'abri en cas d'orage car elle en est terrifiée, ce dernier pourra développer une phobie de l'orage. Les phobies ne sont cependant pas forcément due à des événements qui ont eu lieu pendant notre enfance. Elles peuvent résulter d'un mauvais apprentissage, c'est-à-dire une association très négative entre deux éléments. Par exemple, un matin, une personne prend le bus. Elle ne se sent pas très bien et s'évanouit. Son malaise n'est pas causé par le bus, pourtant, cette mésaventure sera une source d'inquiétude la prochaine fois qu'elle y montera. Elle a associé le bus à son malaise. Ainsi, cet inconfort peut, petit à petit, évoluer en phobie. Mais, il arrive que le phobique n'en garde aucun souvenir et ne soit donc pas capable de faire le lien avec ses angoisses. Et d'ailleurs, précise Jérôme Palazzolo, "il n'est pas obligatoire que le phobique se souvienne des origines de sa phobie pour que son traitement fonctionne." Un autre facteur augmente notre vulnérabilité aux phobies : le stress. Plus nous sommes stressé, plus nous risquons de développer des phobies. Attention ! Un stress n'est pas forcément négatif, il peut être positif. Gagner au loto est une expérience très agréable, mais c'est un stress. 

Peut-on avoir peur de tout ? La réponse est oui. Tout peut être vecteur d'une peur irrationnelle. D'ailleurs, la pantophobie correspond à la phobie… de tout. Certaines phobies sont très connues comme l'arachnophobie, l'ornithophobie, la coulrophobie et l'acrophobie, respectivement la phobie des araignées, des oiseaux, des clowns et des hauteurs (vertige). D'autres sont moins intuitives comme la carpophobie (phobie des fruits), la tocophobie (phobie des belle-mères), la pentheraphobie (phobie d'accoucher) et l'hypégiaphobie (phobie des responsabilités).

L'anatidaephobie est la phobie d'être observé par un canard. © Marie-Ann Daloia - 123 RF

Comment dire adieu aux phobies ? Fort heureusement, être phobique n'est pas une fatalité. Comme l'indique Jérôme Palazzolo, "les phobies sont des pathologies très répandues et qui se soignent très bien". Aujourd'hui il existe plusieurs méthodes pour se défaire de ses phobies, dont les thérapies brèves, la psychanalyse ou encore l'hypnose. Dans tous les cas, ces thérapies sont associées à des traitements médicamenteux, visant à calmer l'angoisse et l'anxiété causées par la phobie. Une autre méthode pour lutter contre les phobies est l'EMDR (Eye movement desensitization and reprocessing). Elle repose sur une stimulation sensorielle du patient par le mouvement des yeux ou des stimuli auditifs ou cutanés. L'objectif est de stimuler les neurones du patient afin que ses souvenirs traumatisants s'estompent. Cette méthode est surtout utilisée pour le traitement des états de stress post-traumatique (ESPT).

TCC, la méthode phare. Le traitement de référence des phobies demeure la thérapie comportementale et cognitive (TCC). Elle agit sur le comportement et les pensées (cognitions) associées à la phobie. Une dizaine de séances seulement sont nécessaires. "L'intérêt de cette méthode réside dans l'échange entrer le patient et le médecin. C'est un travail d'équipe", mentionne Jérôme Palazzolo. En effet, la TCC brise complètement le schéma type du médecin qui prend des notes pendant que le patient parle. D'ailleurs, le psychiatre compare cette association au tandem formé par un coach et un sportif : "je conseille à mes patients de garder un esprit critique, de poser de questions, d'émettre leurs doutes, et même d'exprimer leur désaccord avec ce que je leur dit.". Les clefs de la réussite d'une thérapie comportementale et cognitive résident donc dans le duo médecin/patient. En pratique, une TCC se déroule en plusieurs étapes. La première consiste à apprendre à gérer la crise d'angoisse provoquée par la phobie. La deuxième s'attaque aux pensées négatives associées à la phobie. Enfin c'est le grand moment, le patient est progressivement confronté à sa phobie. Le traitement d'une phobie par TCC est en théorie définitif. En cas de rechute, quelques séances de TCC suffisent pour y palier.

L'hyppotomonstrosesquippédaliophobie est la phobie des mots trop longs. © alephcomo - 123RF

Quand le virtuel s'en mêle. La réalité virtuelle est un environnement artificiel numérique ressemblant à la réalité. L'utilisateur y est plongé grâce à un casque équipé d'un écran placé à quelques centimètres de ses yeux, et sur lequel est projetée l'image de l'environnement, en trois dimensions. Ainsi, l'utilisateur est capable d'interagir naturellement et intuitivement avec ce nouvel environnement. C'est une technologie qui est de plus en plus utilisée pour confronter directement les patients à leurs phobies. Par exemple, les personnes ayant peur du vide se retrouvent (virtuellement) suspendues en haut d'un immeuble. Le traitement d'une phobie par réalité virtuelle nécessite 10 séances et est définitif. Tout comme pour la thérapie cognitive et comportementale, si le patient fait une rechute, il suffira de faire quelques séances, à nouveau. Les deux principaux centres hospitaliers utilisant cette méthode sont l'hôpital de la Salpêtrière à Paris et le service de psychiatrie de l'hôpital de la conception à Marseille.
Ci-dessous, la présentation du traitement des phobies par thérapie virtuelle à l'hôpital de la Conception à Marseille lors de l'émission PACA matin du 9 avril 2015. 
 


Thérapie ? Même pas peur ! Il n'est pas toujours simple d'admettre être phobique, surtout si l'objet de la phobie prête à faire sourire. Quant aux mots "thérapie" et "psychiatre", ils ont tendance à faire peur. Et c'est sans compter les proches qui, parfois, pensent que l'on exagère. Pourtant traiter sa phobie est important. Plus la phobie est détectée tôt, plus il sera facile de la traiter. Négligée, elle pourrait empirer, voire mener à une baisse de l'estime personnelle. "A partir du moment où il y a une souffrance, il faut consulter", insiste Jérôme Palazzolo. Alors que vous ayez une peur panique des araignées ou des carottes, n'ayez pas honte, trouvez la méthode qui vous convient et soignez-vous ! 

Je me libère de mes phobie, de Jérôme Palazzolo, dans la série les Psychoguides aux éditions Puf. 
 

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