E-cigarette : pour quels fumeurs ?

La e-cigarette, une aide contre le tabagisme ? La question ne cesse d’être posée, mais pour l'heure, peu d'évidences fiables se dégagent. A moins que la réponse soit dans la nuance, au cas par cas selon les fumeurs.

E-cigarette : pour quels fumeurs ?
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Vapoter ou ne pas vapoter, pour arrêter de fumer ? Même si le marché de la cigarette électronique semble se tasser depuis début 2015 en France, cette question n'en finit pas de susciter la controverse. Cette semaine, 120 professionnels de santé ont signé une pétition dans laquelle ils soutiennent un rapport du Public Health England, une agence indépendante du ministère de la Santé britannique, paru en août dernier, et selon lequel " vapoter est 95% moins nocif que le tabagisme."

En 2015, 3 millions de personnes vapotent, soit 6% de la population, dont environ la moitié de manière quotidienne. Mais les Français demeurent très partagés sur la question. D’un côté, il y a ceux qui la testent, plutôt convaincus de ses bienfaits en termes de sevrage. Et de l’autre, les sceptiques. Selon le 4e Observatoire Edifice Roche (octobre 2015), les utilisateurs d’e-cigarettes semblent convaincus de son intérêt : 7 utilisateurs sur 10 (69%) pensent que l’e-cigarette leur permettra d’arrêter de fumer (contre 31% dans la population générale). Qui plus est, la très grande majorité des vapoteurs pense que la fumée dégagée par l’e-cigarette est moins toxique, à la fois pour eux-mêmes (68%) et pour leur entourage (87%). Par ailleurs, l’enquête souligne que parmi les fumeurs, 61 % des utilisateurs d’e-cigarettes s’estiment à plus haut risque de cancer du poumon comparé à seulement 46 % des fumeurs de cigarettes classiques. Les utilisateurs de e-cigarette sembleraient donc mieux sensibilisés aux risques du tabagisme.

Beaucoup d’études mais peu d’évidences. Côté scientifiques, les discussions sont animées et les avis divergent. Le Dr Sébastien Couraud, onco-pneumologue (Institut du cancer des Hospices Civils de Lyon) commente l’évolution des publications scientifiques dans ce domaine ces dernières années. "Lorsqu’on interroge la base de données Pubmed, on observe qu’avant 2009, il n’existait aucun article sur l’e-cigarette. Ce n’est qu’à partir de 2011, que leur nombre s’est envolé de manière exponentielle. Pourtant, malgré un débat animé, on a pour l’heure peu d’évidences", commente-t-il. En effet, en 2015, sur les 102 articles publiés, 30% sont des éditoriaux (donc des commentaires) mais on ne trouve aucun essai clinique.

Du côté des autorités de santé, on est plutôt méfiant vis-à-vis de la cigarette électronique. Marisol Touraine a inclu dans sa loi Santé l’interdiction de la e-cigarette dans les lieux publics. Quant à la Haute autorité de santé, qui s'est penchée sur le sujet, elle n'a pas réussi à trancher :  elle ne la déconseille pas du fait que sa toxicité reste beaucoup moins forte que celle de la cigarette. Mais elle ne la recommande pas non plus, au regard du manque de recul quant à son efficacité et son innocuité. 

En attendant, doit-on lui faire confiance ? La cigarette électronique est-elle vraiment toxique ? Selon le Dr Couraud, la réponse est sans appel : Oui, clairement, elle est toxique, puisqu’elle contient notamment de la nicotine, mais aussi des additifs (parfums notamment). Est-elle est également cancérigène ? Oui, sans aucun doute, puisqu’elle rejette des substances cancérigènes. Est-elle moins toxique que la cigarette manufacturée ? Oui, clairement. Est-ce suffisant pour la recommander aux fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer ? Réponse nuancée. Tout dépend du profil du fumeur. Il n'y a donc pas UNE mais plusieurs réponses, explique-t-il avant de prendre des exemples pour illustrer son propos.

55 ans, gros fumeur… Prenons le cas d'un fumeur invétéré de 55 ans, dont toutes les tentatives de sevrage ont échoué. Il vient de découvrir qu’il souffre d’une broncho-pneumopathie obstructive (BPCO) et a l’impression qu’il n’arrivera jamais à arrêter. "Il faut mettre en place un sevrage rapide et certain sinon la fonction respiratoire du patient va se détériorer rapidement. La seule solution est l’arrêt du tabac. Dans ce cas, je considère que la e cigarette est une option très sérieuse et que j’envisage donc avec lui car elle sera moins toxique que la cigarette classique. Si c’est ça qui peut le faire avancer, très bien. Seule condition : prévoir le sevrage de l’e-cigarette plus tard et progressivement."

JF 18 ans, peu dépendante. Autre patient, autre cas. Cette fois, c'est une jeune femme de 18 ans, qui vient de commencer à fumer. "Ici, l’objectif est qu'elle ne devienne pas dépendante. Je ne conseille pas la cigarette électronique pour la simple et bonne raison que l’on ne connait pas les effets à long terme sur la santé. On ne sait pas ce qu’on lui met dans les bronches donc ce n'est pas une bonne option. J'applique le principe de précaution."

30 ans, avec des enfants. Enfin, imaginons un cas "intermédiaire" : il s'agit d'un Papa d’une trentaine d’année, qui vient consulter parce qu'il enchaîne les bronchites, tousse souvent et aimerait arrêter de fumer. Dans ce cas, il faut un sevrage définitif car il est encore jeune. Mais en même temps on ne connait pas les effets à long terme de la e-cigarette. "Je conseillerais la e-cigarette seulement en cas d’échec des méthodes classiques de sevrage. A tester donc, mais pendant un an maximum. Ensuite on arrête, car l’objectif à terme, c’est zéro toxique inhalé. Je dirais que c'est une option temporaire."

Propros recueillis lors de la conférence de presse "Observatoire EDIFICE-Roche", 6 octobre 2015.

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