Anxiolytiques : quels risques sur le long terme ?

La Haute autorité de santé confirme l’efficacité des benzodiazépines pour traiter l’anxiété ou l’insomnie. Mais cette solution doit être temporaire, sans quoi elle expose à des effets indésirables.

Anxiolytiques : quels risques sur le long terme ?
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Ce n’est pas nouveau : les Français consomment toujours trop d’anxiolytiques. Et surtout trop longtemps. Ainsi, environ 7 millions de personnes auraient suivi un traitement à base de benzodiazépines en 2014 dont 16 %  pendant plusieurs années, annonce la Hautre autorité de santé ce lundi.

La HAS vient en effet de réévaluer les benzodiazépines indiquées pour traiter l’anxiété. Il s’agit de l'alprazolam (Xanax), du bromazépam (Lexomil), du clobazam (Urbanyl), du clorazépate (Tranxene), du clotiazépam (Veratran), du diazépam (Valium), du loflazépate (Victan), du lorazépam (Temesta), du nordazépam (Nordaz), de l'oxazépam (Seresta), du prazépam (Lysanxia) ainsi que de leurs génériques. 

En conclusion, il n’est pas question de remettre en cause l'intérêt thérapeutique de ces molécules, les manifestations anxieuses pouvant avoir un impact "fort" sur la qualité de vie au quotidien. Pas question non plus de revenir sur leur taux de remboursement à 65 %, contrairement aux benzodiazépines prescrites contre l'insomnie dont le taux de remboursement a été abaissé à 15 %. Néanmoins, la HAS pointe une fois de plus le principal problème posé par ces médicaments : la durée de prescription souvent trop longue. Et rappelle que leur utilisation prolongée expose à un certain nombre d’effets indésirables : troubles neuro-psychiatriques, troubles de la mémoire chez les personnes âgées, risque de chute ou encore troubles de la vigilance pouvant provoquer des accidents de la route. En outre, ces médicaments exposent à des risques d'abus et de dépendance, leur arrêt entraînant un phénomène de sevrage. 

Impliquer le patient dans le sevrage. Ces médicaments doivent être prescrits sur une courte période, entre huit et 12 semaines, mais en réalité, ils sont souvent pris de manière chronique, parfois pendant des années. Pour accompagner les médecins, qui prescrivent près de 90 % de ces médicaments, la HAS publie une fiche mémo où elle rappelle toute l'importance de bien expliquer au patient les effets secondaires et les modalités d’arrêt du traitement. "Il est important que dès l’instauration d’un traitement par benzodiazépines dans la prise en charge de l’anxiété comme dans celle de l’insomnie, le médecin puisse impliquer le patient dans une démarche d’arrêt de ce traitement", selon la HAS. Concrêtement, elle recommande d’évaluer la dépendance au traitement du patient et son "degré d’attachement". Et, en fonction de quoi, de mettre en place une stratégie adaptée. Il est en effet bien évident, que lorsque le traitement dure depuis des années, il est impossible de l'arrêter du jour au lendemain. D’abord parce qu'il existe des risques de sevrage. Ensuite parce que pour certains patients, ces traitements sont devenus indispensables à leur bien-être. Ils n'envisagent donc pas de se passser de la "béquille" qui leur permet d'avancer. Pour les patients habitués à de très fortes doses de benzodiazépines, ou en cas de dépendance à l’alcool ou de troubles psychiatriques sévères associés, une dépression par exemple, une prise en charge spécialisée doit ainsi être mise en place.

L’arrêt doit être progressif. Pour minimiser les effets du sevrage (troubles de vigilance, confusion, hallucinations, etc.), il ne faut en aucun cas stopper du jour au lendemain la prise de benzodiazépines, rappelle la HAS. Il doit toujours être progressif sur une durée de "quelques semaines à plusieurs mois en cas de traitement chronique". L’accompagnement de votre médecin est donc indispensable.

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