Addictions : les messages de prévention passent mal auprès des Français

Les messages de prévention envers l’alcool et le tabac ne sont visiblement pas suffisamment entendus. Le Conseil économique, social et environnement dresse un bilan très contrasté de la prise en charge des addictions en France.

Addictions : les messages de prévention passent mal auprès des Français
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En dépit de la répétition de messages de prévention, les résultats de la lutte contre les addictions sont inquiétants, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui a présenté un projet d’avis "Les addictions", ce 24 juin. D’un côté, plus de 120 000 décès par an en France, soit près d’un décès sur six, sont dus à la consommation de substances psychoactives. De l’autre, les dangers et impacts des addictions, tant au niveau économique et social que sanitaire, sont largement sous-estimés par les Français.

Alcool, tabac, jeux vidéo."Cinq millions de personnes ont un problème avec l’alcool en France", rappelle Gisèle Ballaloud, la rapporteuse. De plus "la consommation d’alcool s’est banalisée chez les femmes" et "le binge drinking est problématique chez les jeunes."

Autre problème : le tabagisme qui ne faiblit pas (un français sur trois fume actuellement) alors qu’il tue 78 000 personnes en France chaque année et que le tabac représente plus de 30 % des décès par cancer. La France est aussi le premier pays européen consommateur de cannabis. Enfin, même si les jeux vidéo ne représentent à proprement parler une addiction, leur usage est problématique : "c’est le deuxième motif de consultation en addictologie chez les jeunes, après le tabac", observe le CESE.

Le CESE, dont la mission est de conseiller le gouvernement et les députés pour l’élaboration des lois, s'est saisi du problème afin de réfléchir à des moyens à mettre en place pour diminuer l’usage des produits addictifs et pour améliorer la prise en charge de cette pathologie. Il formule ainsi une série de mesures concrètes.

Lever le tabou des addictions. Parmi les actions à mener, selon le CESE : changer le regard sur les personnes dépendantes. En effet, comme le rappelle Gisèle Ballaloud, l’addiction est une vraie pathologie : "il est indispensable, c’est même une priorité, de lever la stigmatisation qui pèse encore sur les addictions afin que les personnes demandent davantage de soutien et rapidement. Il ne faut pas avoir honte quand on pense être addict à une substance."

En somme, la prévention primaire est certes à renforcer –le CESE préconise d’ailleurs de mieux éduquer à l’école ou sur les lieux de travail–, mais c’est surtout sur la prévention secondaire que l’effort doit être porté. L’objectif étant de repérer au plus tôt les personnes dépendantes afin de les prendre en charge plus vite. Et mieux.

Les lobbys pris pour cible. En parallèle, l’axe financier est évidemment indispensable. "Il faut pérenniser les moyens consacrés à la lutte contre les addictions". Par ailleurs, les stratégies marketing déployées par les fabricants d’alcool, de tabac et de jeux, qui ciblent les jeunes doivent être mieux encadrées. De même, les actions de lobbying doivent être mieux contrôlées auprès des parlementaires.

Vers un soutien plus affirmé des autorités. Dernier axe d’action, la mise en place d’une politique de réduction des risques. Pour le CESE, il est important d’une part que les familles puissent disposer d’informations adaptées sur les différentes formes d’addictions ; et d’autre part, que le soutien des pouvoirs publics aux associations soit renforcé.

Le CESE se prononce en outre "pour" les salles de consommation à moindre risque (salles de shoot) tout en créant des passerelles vers les centres de soins. S’agissant du cannabis, il recommande d’organiser un débat public sur la sanction de l’usage de cannabis afin notamment de contribuer à construire la position de la France pour la prochaine Session spéciale de l'Assemblée générale de l'ONU sur les drogues, qui se tiendra en 2016.

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