Troubles bipolaires : entre rire et larmes, comment s'en sortir ? Les troubles bipolaires au quotidien

Comment vivre avec la maladie ? Que l'on soit le malade ou l'un des ses proches, comment l'accepter ? Quels impacts sur la vie personnelle et professionnelle ? Quelques clés pour mieux vivre ces troubles.

  • Comment vivre avec une personne bipolaire ?

Amélie Clermont, présidente de l’association Bicycle d'aide aux familles de personnes ayant un trouble de l'humeur, a vécu avec un compagnon bipolaire. Quelques années plus tard, leur fils développe lui aussi des symptômes. Selon elle, "expliquer aux proches d’un malade comment la bipolarité fonctionne est indispensable." Les proches ne devront ainsi pas hésiter à consulter aussi un psychologue ou un psychiatre pour soulager leurs inquiétudes, bénéficier de conseils et adopter les bonnes réactions : "Ne pas mettre de l’huile sur le feu, ne pas provoquer. Certains comportements de la personne bipolaire peuvent rendre fou si on connait mal la maladie !", souligne Amélie Clermont. "L’anticipation des comportements excessifs en apprenant à reconnaître les signes avant-coureurs habituels aussi est primordiale."

Le proche doit apprendre à adopter
une attitude bienveillante.
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Autre conseil : "Prévoir des endroits dans la maison où le bipolaire peut s’isoler. Ce sont des personnes extrêmement sensibles et émotives : parfois juste un mot, un parfum, une tonalité de voix, une lumière peut les mettre à vif", confie encore Amélie Clermont. Par ailleurs, le psychiatre Christian Gay met en garde : "Le proche doit se positionner comme un aidant et un aimant et non un soignant. Il peut participer à l'élaboration du projet de soin mais dans tous les cas il doit adopter une attitude bienveillance." Rien ne sert donc d’en vouloir à la personne bipolaire pour ses comportements : "n'oublions pas que le patient fait ce qu'il peut et non ce qu'il veut, qu'il n'est pas responsable de son trouble et qu'il existe une inégalité des chances par rapport à la maladie", insiste-t-il encore.

  • Comment le dire (ou non) à votre famille, vos amis et vos collègues

Avouer sa maladie à sa famille et à ses amis est très important pour qu’ils soient mieux à même de comprendre vos réactions et vos comportements, mais aussi pour vous soutenir dans cette épreuve. Qu’en est-il des enfants ? Que ce soit le parent ou l’enfant qui est touché : "il faut lui expliquer comme à un adulte, le plus concrètement possible", souligne Amélie Clermont. Et au travail ? Vous pouvez prendre le parti de l’assumer et d’expliquer posément la maladie à vos collègues et à votre employeur. Ce dernier ne peut pas vous licencier sous le prétexte de votre condition mais attention, une maladie peut être la raison légale d’une suspension de contrat. De même,  des absences répétées considérées comme "ayant des répercussions dommageables pour la bonne marche de l’entreprise" peuvent constituer une cause de licenciement selon le Code du Travail. Toutes vos absences doivent être justifiées par un certificat médical et, si vos arrêts maladies excèdent une période de 21 jours, une visite avec le médecin du travail vous sera imposée à votre retour. Vous pouvez aussi prendre le parti de ne pas dévoiler votre maladie, et vous arranger par exemple pour poser vos vacances au moment des crises. Dans tous les cas, un travail stressant est fortement déconseillé pour les personnes bipolaires.

  • Avoir des enfants quand on est bipolaire, c’est possible ?

"La personne atteinte de trouble bipolaire peut bien évidemment avoir des enfants mais elle-même et le conjoint doivent être informés des risques de la maladie et surtout des mesures qui doivent être mises en place pour atteindre une stabilité de l’humeur", souligne le docteur Christian Gay. Une des contrindications est liée au traitement par le lithium qui peut constituer un danger pour le fœtus. Si vous êtes stabilisée, vous pouvez discuter avec votre médecin d’un arrêt de traitement au moins le temps de la grossesse. Mais il existera alors un risque de crise de manie ou de dépression, qui nécessitera un suivi important. Cet encadrement devra être prolongé "même après l’accouchement, qui est souvent associé à un risque de rechute et implique à la fois une surveillance attentive et la reprise du traitement". L’allaitement est ainsi souvent déconseillé, puisque certains composés médicamenteux passent dans le lait maternel. Par ailleurs, pour les femmes bipolaires, le risque de dépression ou de psychose post-partum est accru. La question de la maternité pour une femme bipolaire doit donc être bien réfléchie et discutée avec un médecin. Être déjà stable depuis quelques années constitue une sécurité pour se lancer de manière rassurée dans cette aventure.

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