Troubles bipolaires : entre rire et larmes, comment s'en sortir ? Des facteurs multiples

Plusieurs facteurs semblent jouer un rôle dans l'émergence de troubles bipolaires. Éclaircissements par le psychiatre Christian Gay.

Pourquoi devient-on bipolaire ? À l’heure actuelle, cette question ne possède pas de réponse claire. Mais différentes causes semblent se dessiner. Les médecins parlent ainsi de "facteur bio-psycho-social, ce qui signifie qu'il existe plusieurs types de déterminants intriqués : génétiques, psychologiques et environnementaux", explique Christian Gay, psychiatre à la Clinique du Château de Garches.

Un terrain différent pour chacun. "On parle de vulnérabilité génétique et psychologique sur laquelle l’environnement va jouer un rôle de détonateur." Cette vulnérabilité de base correspond à un "terrain" propre à chacun : "Nous ne sommes pas tous égaux devant la maladie. Certaines personnes auront plus de risques de développer la maladie du fait d'une prédisposition", souligne le psychiatre.

Les causes de la bipolarité sont
génétiques, psychologiques
et environnementales. 
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Le facteur génétique. La probabilité d’être touchée par des troubles bipolaires serait plus forte lorsque il existe des cas familiaux de dépresssion ou d'accès maniaque : "il existe en quelques sortes un poids génétique qui varie selon les familles", développe Christian Gay. En cause : des régions du génome susceptibles de contenir des gènes défaillants. "Cette maladie n'est pas liée à un seul gêne mais à différents gênes qui ne sont pas spécifiques de la maladie bipolaire", relève le psychiatre. Pour autant, la cause génétique directe n’a pas encore été démontrée. On ne peut donc pas parler de transmission de cette maladie, ni prédire un pourcentage de risque d’hérédité de la bipolarité d’un parent à son enfant.

La cause psychologique. L’histoire personnelle, les traumatismes vécus au cours de sa vie façonnent le psychisme d’une personne. Lorsque celle-ci possède un terrain émotionnel sensible, l’impact des évènements de vie stressants ou traumatisants sera plus fort. "Si aucune disposition thérapeutique n'est prise lorsque les premiers symptômes apparaissent, le risque est de laisser évoluer le trouble. D'où l’importance de pouvoir le détecter le plus rapidement possible et de mettre en place des mesures thérapeutiques spécifiques", met en garde Christian Gay.

L’influence de l’environnement. Situations de stress répétées, surmenage, manque de sommeil, décalage horaire, prise de drogues, voire d’antidépresseurs, changement de travail ou encore difficultés familiales ou sentimentales… autant de facteurs environnementaux qui peuvent déclencher des crises de manie ou de dépression chez une personne prédisposée à la bipolarité. Une fois sa maladie diagnostiquée, le patient devra donc prendre soin d’éviter au maximum ce genre de situation et de rendre son environnement le plus calme possible.

Que se passe-t-il dans la tête d’un bipolaire ? Faute d’états stables chez les patients, le fonctionnement de ce trouble neurobiologique est complexe à établir. Cependant, certaines anomalies semblent se répéter chez les différents sujets au niveau de la quantité de neurotransmetteurs, des composés chimiques permettant à un neurone de communiquer un message aux autres neurones ou aux muscles. En phase dépressive, il semble que les taux de sérotonine et de noradrénaline, deux neurotransmetteurs jouant un rôle dans le sommeil et la concentration soient diminués. Nerveusement, "tout est bloqué et la transmission de l'influx ne se fait plus" détaille Christian Gay. Un déficit de ces composés génère alors une plus grande fatigue et des difficultés d’attention. En phase de manie, à l’inverse, le taux de noradrénaline est anormalement élevé, provoquant un surplus d’énergie : " il existe alors une hyper excitabilité du système nerveux " développe le psychiatre. En parallèle, "il existe des anomalies de certaines zones cérébrales dont le complexe amygdalien et l'hippocampe (impliqués dans l’expression des émotions) qui subissent des variations de taille. Cela permet de comprendre pourquoi on se retrouve face à des personnes qui présentent une hyperréactivité émotionnelle."

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