Dépression : la méditation diminuerait les risques de rechute

Une étude britannique révèle que la méditation serait aussi efficace que les antidépresseurs contre les rechutes de dépressions. Un nouvel espoir de guérison ? Les précisions du Professeur Pelissolo, psychiatre.

Dépression : la méditation diminuerait les risques de rechute
© © djile

La méditation s’avèrerait aussi efficace que les antidépresseurs contre les rechutes de dépressions. C'est le résultat d’une étude menée par l’équipe britannique du Professeur en psychologie clinique Willem Kuyken (Département de psychiatrie de l’Université d’Oxford) publiée le 20 avril 2015 dans la revue scientifique The Lancet. 

Une alternative aux traitements médicamenteux. Actuellement, pour diminuer les risques de rechute, le traitement principalement utilisé est la prise d’antidépresseurs. Néanmoins, comme le précise le docteur Antoine Pelissolo, chef de service dans le Pôle de Psychiatrie du CHU Henri Mondor à Créteil et professeur de psychiatrie à l’université Paris Est Créteil, "les antidépresseurs peuvent causer des effets secondaires (fatigue, perte de libido, prise de poids…), et un traitement quotidien représente une véritable contrainte pour le patient". C’est pourquoi la technique de méditation de pleine conscience pourrait constituer un nouvel espoir dans la prise en charge de la maladie.

Une méthode qui aide à gérer ses émotions. Créée dans les années 1980 par le biologiste américain Jon Kabat-Zinn, la méditation de pleine conscience a été adaptée par des psychologues pour limiter les rechutes dépressives. Pratiquée seul ou en groupe, cette méthode doit être encadrée par un psychologue ou un psychiatre formé spécifiquement. Au fil des séances, le patient apprend à se rendre compte de tout ce qui se passe en lui et autour de lui, sans juger ni analyser. Concrètement, le malade se focalisera sur ses perceptions : sentir l’air passer dans ses narines lorsqu’il respire, observer les sons et les odeurs de son environnement… Le but : contrôler son attention et accepter toutes les émotions, pour évoluer vers une meilleure gestion de ses humeurs au quotidien et, à terme, vers des pensées plus sereines.

Des résultats globalement positifs. L’équipe du professeur Kuyken a ainsi travaillé sur un groupe de 424 adultes ayant connu au moins trois épisodes préalables de dépression, et soignés par antidépresseurs jusqu’au début de l’étude. Les malades ont été répartis au hasard en deux groupes équivalents, traités soit par méditation, soit par maintien des antidépresseurs. Au terme d’un suivi de deux ans, aucune différence notable n’a été observée entre les deux groupes quant au nombre de rechutes. Dans les deux cas, les résultats sont majoritairement positifs : les rechutes ou les symptômes dépressifs résiduels ne concernent effectivement qu’entre 44 et 47 % des patients de l’échantillon. "Ce chiffre est encore élevé. Même si ces traitements fonctionnent, il faut reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une guérison totale", constate toutefois Antoine Pelissolo. Difficile par exemple de savoir si le nombre de rechutes serait beaucoup plus élevé sans aucun traitement.

Malgré cela, "l’étude du professeur Kuyken semble solide et conforte l’idée que ces méthodes alternatives sont tout à fait pertinentes", souligne le psychiatre. Un résultat prometteur, donc, pour les patients qui supportent mal les antidépresseurs. Cependant, des travaux supplémentaires seraient nécessaires pour assoir l’influence de la méditation. Par exemple, "il est compliqué d’opposer totalement la méditation aux antidépresseurs : il faudrait suivre un groupe qui bénéficie de ces deux types de soins" propose le docteur Pelissolo. Dans tous les cas, l’accompagnement par un psychologue ou un psychiatre confère un soutien privilégié et souvent capital vers la voie de la guérison. 

Antoine Pelissolo est auteur du livre Dépression : s'enfermer ou s'en sortir, éditions Le Muscadier et Inserm, paru en février 2015.

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